La Commanderie de Courval

Contributeur : Emmanuel Roynel

    Sommaire des pages sur ce thème :
  1. la présentation du site (page actuelle)
  2. la banque d'images
France, département du Calvados

France, département du Calvados, à environ 15km à l'est de Vire et à environ 60 km à l'ouest de Falaise, commune de Vassy.

Courval ou Corval est un hameau de la commune de Vassy, dans le canton de Vire, dont le nom signifie "la vallée courbe" (XIIème siècle).
Cette ancienne commanderie du Temple, rebaptisée par les Hospitaliers, s'appelle aujourd'hui l'Hôpital.
L'hôpital de Courval (membre de Courval), situé dans la paroisse de Vassy, à 15 kilomètres de Vire, formait un membre de la commanderie de Baugy.

Le manoir du temple de Courval parait avoir été fondé en même temps que les autres préceptorats par Philippe de Vassy, Guillaume de Vicques et quelques autres ; mais les chartes de leurs donations ont disparu.
Leur participation à cette fondation se trouve dans un accord fait au mois de juin 1226, en présence de Guillaume Acarin, doyen du St-Sépulchre de Caen, entre l'abbé et les religieux d'Aunay, d'une part ; et Guillaume d'Aquila, précepteur des maisons du Temple en Normandie, ainsi que ses frères de la milice du Temple de Courval, d'autre part ; au sujet d'une contestation pour la dîme de Vassy et de celle du fief d'Aligny, donnée à ces derniers par Philippe de Vassy.

Le logis seigneurial, ou résidait le commandeur, était une vaste demeure à un étage, d'une grande simplicité, mais dont les fenêtres étaient élégamment sculptées. Il fut reconstruit au XVéme siècle, après que la maison du Temple primitive eut été incendiée et détruite en 1346, lors de la guerre de Cent Ans.

Sa chapelle de construction romane, à plein cintre et à contre-forts droits, offre seule quelque intérêt, sa façade de pierre sombre, percée de quatre hautes fenêtres et d'une petite porte en plein cintre, est étayée par cinq puissants contreforts ; le clocher a malheureusement disparu. Elle était couverte en essentes de bois. L'intérieur du monument conserve une belle arcade, et quelques fragments de sculptures et de fresques fort peu entretenus.

Les domaines de ce membre se composaient de sept à huit petits fiefs, situés à Vassy et aux environs, diverses redevances dans les paroisses du Tourneur et de St-Pierre-Tarentaine, ainsi que de plusieurs tennements dont l'un nommé La Templerie, situé dans la paroisse du Chêne-Dollé, (actuellement commune de Chênedollé) indique suffisamment son origine.
La position d'un autre situé dans la paroisse de la Villette, près de la Hogue du Mont-Pelé, pourrait faire soupçonner qu'il s'y trouverait peut être un tumulus du même genre que celui de la hogue de Fontenay le Marmion.
Le prieur de Courval jouissait en outre d'un tiers de la dîme de Vassy ainsi que des cens et rentes de l'hôpital. Tous les revenus de ce membre n'étaient cependant affermés que 750 livres par an.

Le 13 octobre 1307, sur ordre du roi Philippe Le Bel, les Templiers du duché furent tous arrêtés. A Courval, les officiers royaux commandés par Thomas Alapenne envahirent la commanderie et se saisirent du Commandeur Etienne de Châteauneuf et de ses deux chevaliers Guillaume Tane et Richard Bellenguel. Gautier de Boisgilont, vicomte de Caen, procéda lui-même à l'arrestation de Mathieu Renaud, commandeur de Bretteville.
Les moines soldats de Courval furent conduits sous bonne escorte au Châtelet de Caen, ou ils furent emprisonnés, interrogés, ils avouèrent sans tortures avoir renié leurs voeux. D'autres furent retenus captifs à Rouen et à Gisors, et leur garde fut confiée aux baillis que le roi avait nommés dans ces deux cités. Par la suite, le pape Clément V institua à Rouen une commission, dirigée par l'archevêque, qui fut chargée d'interroger les Templiers du duché.
Quant au précepteur de Normandie, Geoffroy de Charnay, il fut incarcéré à Chinon, en même temps que le maître de l'Ordre, Jacques de Molay. Condamné à la prison à perpétuité, il se défendit opiniâtrement et déclara que son seul crime avait été de faire de faux aveux, par crainte des tortures. Pour cette raison, il fut condamné à mort et devait périr sur le bûcher à Paris, en même temps que Jacques de Molay, le 18 mars 1314. Dernier compagnon du grand maître, il sut mourir après avoir, une dernière fois, proclamé son innocence.
Quant aux Templiers de Courval, condamnés ils ne furent pas exécutés.
Les archives ne fournissent que de vagues renseignements sur l'état, les habitudes et le rang que les Templiers tenaient dans la région. Sans le procès dont on connaît les détails, il ne resterait aucune trace marquante de leur existence, soit en bien, soit en mal.

Divers actes passés devant les baillis de Caen, entre 1375 et 1376, signalent que les Hospitaliers, en héritant de la Commanderie de Courval, héritèrent également du procès que les Templiers avaient à soutenir contre l'abbé et les religieux d'Aunay pour la dîme de Vassy(1).
On y voit que le premier commandeur de l'Hôpital de Courval après les Templiers, fut Simon du Fay, dont le sceau portait pour devise " Faites bien et laissez dire".
Dans une série d'articles parus en 1937 dans le Journal de Condé, sous le titre Notre Vieux Bocage, l'auteur (A. D.) signale qu'il existait un cimetière à Courval à l'emplacement du jardin légumier de la ferme où les Templiers puis les Hospitaliers auraient été enterrés (Fonds ancien de la Médiathèque de Condé sur Noireau).
Il ne signale pas la particularité des Templiers qui enterraient leurs chevaliers, bras et jambes croisés, pour laquelle il n'existe aucune explication.
Les Hospitaliers étaient puissants et riches, en 1775, ils possédaient un domaine de 75 hectares et 108 hectares loués sur les paroisses de Vassy, Le Theil, Estry etc..
Le chapelain qui desservait la chapelle avait un curieux privilège : celui de faire l'eau bénite et le pain bénit tous les dimanches. L'évêque ayant voulu mettre fin à cette pratique, le commandeur des Hospitaliers, Michel de Gastines, lui fit signifier que les privilèges de son Ordre étaient hors de sa portée. Les commandeurs ne résidaient pas sur place, le logement étant réservé au fermier, mais des pièces leur étaient réservées en cas de visite, le dernier fût le frère Antoine Boscheron qui résidait habituellement à Paris.
Mis sous séquestre en 1789, Courval fut vendu au profit de la nation pour la somme de 162.000 livres, la chapelle devait devenir un bâtiment d'exploitation agricole, servant de grenier à foin....

Les Templiers, qui étaient avant tout des guerriers, n'étaient pas eux-mêmes des constructeurs : ils ignoraient tout de la géométrie médiévale. Leurs commanderies, leurs églises et leurs chapelles furent donc bâties par les maîtres maçons qui étaient au service de l'Ordre.
Pendant l'époque romane, l'architecture connut un immense essor ; autour des grandes abbayes et des commanderies normandes se groupèrent des ateliers de maçons et de tailleurs de pierre, dont la formation fut assurée par les Bénédictins, puis par les Cisterciens.
Ces maîtres maçons étaient regroupés en confréries laïques qui se répandirent en Normandie et en Grande-Bretagne vers la fin du XIIème siècle.
Il y avait alors une confrérie de bâtisseurs dans chaque diocèse de Normandie. Chacune d'elles avait pour patronne la sainte Vierge, que vénéraient aussi les Templiers.
Tous ces maîtres maçons étaient protégés par les chevaliers. La confrérie du Saint-Devoir, fondée vers 1174, fournissait à l'Ordre du Temple les tailleurs de pierre et les maçons dont il avait besoin.
A Caen et à Rouen, les moines soldats favorisèrent la création de "Guildes" (Communautés de métier). Celles-ci se développèrent en même temps que les Templiers s'établissaient dans ces deux cités (première moitié du XIIème siècle).
Ces communautés de métiers subsistèrent sans changement après l'abolition de l'Ordre du Temple : les Hospitaliers, en effet, continuèrent à protéger les confréries de bâtisseurs.

(1)L'an de grâce mil CCCLXXVI le dimanche jour de Quasimodo devant moi Guillaume d'Agoubert, sénéchal du sieur Jehan d'Escajeul, commandeur et garde de l'ospital de Courval, se représenta monsieur Jehan Dulaurent comme procureur et establi de religieux hommes Monsieur l'abbey et couvent de Notre Dame d'Aunay qui dist que ja piecha il avoit monstré une charte audit commandeur fesant mention de certaine diesme assis en la paroisse de Vacie en fieu de la Costardiére, laquelle diesme leur avoit estey coupée et empeschie par frère Simon du Fay pour lors commandeur et garde dudit hospital sur lequel eulx avoient fait gaingne de la dicte diesme, jouxte cey que lour dicte charte se contient et pour cey que le dit Jehan ou ses gens avoient prins sesine à cest aoust derrain passé de la dicte diesme prétendant que eulz n'avoient pas eu congnoissance de la dite gaingne, en rendre la possession et sesine ès-diz religious tant du foin que des gerbes qui en avoient estey levées et à la fin que dorénavant eussent plus à plain congnoissance de ladicte gaingne, ladite charte fut leue présentement à l'oye de la paroisse de Vacie, en la présence de Monsieur Bertrand Maheas, chevalier, seigneur et baron de Vacie; Guillaume Maheas, personne de la moyenne portion de Vacie ; Raoul de Courval, seigneur de Vacie ; Jehan et Robert de Courval, Germain Le Breton,Guillaume Angot, Louis Angot, Colin Angot, Mr Nichole de la Rivière, prêtre; Pierre Vautier, Robert de la Boue, Philippe Desoc et plusieurs autres dignes de foy et ce fet. Je sénéchal dessus dit rendu possession et sesine de ladicte diesme es diz religious pour et nom de l'octroy dudit frère Jehan. Pourquoi le dit procureur et establi des diz religious m'en requist mémoire que je lui donne pour leur valoir en temps et lieux ce que reson sera. Donné comme dessus.
pour une bibliographie plus complète... Bibliographie
  1. "Extraits d'un mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie - 2éme Série 4éme volume - 1846 - "
    Journal de Condé sur Noireau 1920/1937
  2. "Sur les Pas des Templiers en Bretagne, Normandie et Pays de Loire"
    M. Dumontier, N. Villeroux, G. Bernage T. Barreau; Editions Henry Vernier 1986
    
plus de liens... Liens
  1. "http://www.roynel.org/pmwiki/index.php?n=Main.LesTempliers"
    Webmestre : Emmanuel Roynel
Webmaster : Christophe Staf
© Templiers.org 2003-2017