La Croisade Franco-Lombarde, Nivernaise et Aquitano-Bavaroise
(1100-1101)

A l'annonce de la délivrance du tombeau du Christ et du succès de la Première Croisade, plusieurs autres expéditions ont été organisées pour se rendre en Terre Sainte.
La première armée à se mettre en route en septembre 1100 venait de Lombardie et avait pour chefs l'archevêque de Milan Anselme de Buis, les comtes Albert de Biandrate, Guibert de Parme et Hugue de Montebello.
A l'arrivée de ces Croisés en territoire byzantin dans les régions d'Andrinople et de Philipolli, Alexis Comnène s'engage à les ravitailler à condition qu'il n'y ait aucun pillage. Mais, cette expédition, composée en grande majorité de non combattants, reprendra les tristes exploits de la troupe de Pierre l'Ermite et malgré les objurgations des chefs, les pillages et mises à sac des récoltes et des troupeaux se produiront à maintes reprises.
Décidé à surveiller cette troupe de plus près, le Basileus se décide à les faire venir sous les murs de Constantinople (mars 1101). Comme ils continuaient leurs pillages, Alexis doit se décider à les faire passer le plus rapidement possible en Asie Mineure, mais les Lombards refusent car ils veulent attendre d'autres troupes qui devaient les rejoindre. Alexis tente un coup de force en coupant l'arrivée des vivres , mais les manants prennent les armes et donnent l'assaut au palais des Blachèrnes. Il faudra toute la diplomatie des chefs de cette expédition mais aussi de Raymond de Saint-Gilles(1) pour que les esprits s'apaisent et pour qu'Alexis Comnène accepte de faire transporter les troupes lombardes jusque dans la banlieue de Nicomédie.

Quelques semaines plus tard, des troupes françaises commandées par les comtes Etienne de Blois(2), Etienne de Bourgogne, Hugues de Broyes, l'évêque de Soissons Hugues de Pierrefonds et Konrad, connétable de l'empereur germanique Henri IV, arrivent à Constantinople.
Raymond de Toulouse est accepté par tous comme chef principal de l'expédition et se voit confier une troupe supplémentaire de 500 Turcoples commandés par le général Byzantin Tzitas.
Les croisés français, maintenant sous le commandement de Raymond traversent alors le Bosphore et viennent camper à Nicée, à proximité du campement des Lombards.
Les français, ainsi que Raymond de Saint-Gilles veulent se mettre en marche rapidement et suivre l'itinéraire de la Première Croisade, qui forme une grande diagonale à travers toute l'Anatolie en passant par Dorylée et Iconium. Les lombards refusent et réclament quant à eux une grande expéditions punitive contre les Turcs Dânishmendites de Cappadoce qui venaient de capturer Bohémond d'Antioche(3).
Dans l'impossiblité de se rendre à Niksar, situé à plus de 700 km à l'est, les Lombards exigent de piller les grandes villes Dânishmendites de Sîwâs et Amasia.
Raymond de Saint-Gilles et Etienne de Blois tentent en vain de faire entendre raison aux Lombards et se résignent à se mettre à leur tête, pensant que cette follie permettrait néanmoins de reconquérir certaines places byzantines de Galatie et de Cappadoce.

Le 23 juin 1101, les croisés arrivent devant Ankara, occupée par les troupes du sultan Seljûqide Qilij Arslân Dâwûd. Après un siège en règle et de rudes combats, la ville tombe aux mains des francs qui la remettent aux Byzantins.
Au début juillet, les troupes remontent vers le nord-est et arrivent devant la ville de Kanghéri(Gangra) qu'ils ne peuvent pas enlever. Continuant alors de s'enfoncer en territoire hostile et très aride, les troupes sont sans cesse harcelées par les cavaliers turcs qui déciment les effectifs.
Presqu'aucun ravitaillement n'est possible pour les francs, les turcs ayant joué la carte de la terre brûlée. Quelques temps après avoir échoué devant Kanghéri, les chefs croisés décident de remonter directement vers la Mer Noire pour aller vers la ville de Qastamûni(Kastamon) et la piller.
Pour ce déplacement, l'avant garde est confiée aux combattants lombards, mais dès les premiers contacts avec les archers turcs, les chevaliers lombards abandonnent leurs fantassins qui sont aussitôt massacrés. Etienne de Bourgogne parvient à rallier ces chevaliers et tient tête aux attaques seljûqides. L'arrière garde, sous le commandement de Raymond de Saint-Gilles subit le même sort, mais le Toulousain résiste à toutes les attaques. Les retardataires, de même que les fourrageurs sont massacrés sans pitié par les bandes turques.
Enfin arrivés dans la région de Qastamûni, une absurde décision fait continuer l'expédition vers les villes Dânishmendites au lieu de se se replier vers les villes byzantines de la côte.
Dans la région de Merzifûn, Konrad, le connétable germanique, tombe dans une embuscade et perd plusieurs centaines de combattants.
Vers le 05 août, la coalition turque(4) rencontre l'armée franque entre Merzifûn et Amasia. Malgré la préparation des chefs francs à cette rencontre, les archers turcs, fidèles à leur tactique de harcèlement, sèment la désolation dans les rangs des croisés. Bientôt, les troupent se démoralisent et les Lombards quittent le champ de bataille, leur chef Albert de Biandrate en tête.
Les chefs français, ainsi que le germanique Konrad et Raymond de Toulouse tentent de résister, mais en vain. Imitant les Lombards, les turcoples et une partie des byzantins qui accompagnaient Raymond de Saint-Gilles désertent le terrain.
Profitant de la tombée de la nuit qui les sauve, les barons français gagnent en hâte les forteresses byzantine de Pauraké et de Sinope, toutes deux situées sur la côte.
Ils abandonnent au pillage de turcs tout leur campement ainsi qu'une partie de leurs armées, les non-combattants au nombre desquels plusieurs centaines de femmes.
D'après certains chroniqueurs(5) les survivants qui parviennent à rallier les forteresses byzantines ne sont plus qu'une poignée.
Grâce à la protection offerte par ces places fortes, les francs peuvent se replier sur Constantinople où ils arrivent dans le courant du mois de septembre 1101.

Sur ces entrfaîtes, Guillaume II, comte de Nevers arrive avec 15000 hommes à Constantinople vers la mi-juin 1101, après avoir traversé l'Italie, la mer Ionienne et la Macédoine.
A son arrivée, il cherche à rejoindre la croisade franco-lombarde et rejoint Ankara sans encombres. Ne voulant pas suivre la route du nord empruntée par les lombards, il préfère se diriger sagement vers Iconium, mais prend la route au moment où la coalition turque vient d'écraser la première expédition. Aussitôt avertis de l'arrivée de cette nouvelle armée, Malik Ghâzî Gümüshtekîn et Qilij Arslân accourent pour la défaire.
Malgré des conditions de combat difficiles, l'armée du comte de Nevers fait preuve d'un énorme courage et parvient à résister aux Turcs. Arrivés devant Iconium, Guillaume II tente de s'emparer de la ville, mais sans succès. Il reprend alors la route du sud-est en direction de la Cilicie, mais la traversée du désert en plein mois d'août, les escarmouches répétées des turcs épuisent ses forces.
A la fin du mois d'août, Malik Ghâzî Gümüshtekîn et Qilij Arslân parviennent à encercler l'armée franque devant Erégli (Héraclée) et l'annéantissent presque entièrement.
Seul le comte Guillaume et une poignée de chevaliers parviennent à échapper au massacre et à gagner Germanicopolis (Ermenek) où un contingent byzantin se charge de le convoyer jusqu'à Antioche où il arrivera vers la fin septembre 1101.

La dernière armée à avoir pris la route est celle du duc d'Aquitaine, Guillaume IX de Poitiers, et du duc de Bavière Welf IV. Ils arrivent devant Andrinople vers la fin mai 1101, mais à cause des pillages, les officiers byzantins leur interdisent le passage.
Après de violents combats entre la foule et des auxilliaires Petchenègues et Comans, les chefs francs parviennent à calmer les esprits et à rétablir de bons rapports avec les byzantins.
Après une entrevue entre le Basileus et les ducs d'Aquitaine et de Bavière, l'expédition traverse le Bosphore sur des navires byzantins et débarque dans la région de Nicomédie.
A partir de là, l'armée traverse l'Anatolie en direction d'Iconium en suivant l'itinéraire de la première croisade. Tout au long de leur progression, les croisés ne trouveront que des terres désolées, brûlées, des puits empoisonnés et des villes complètement évacuées et vides de tout ravitaillement. Tenaillés par la faim et la soif, épuisés par cette traversée de zones désertiques, les croisés arrivent enfin en vue de la rivière qui arrose Eregli et sa région (début septembre 1101). A cette vue, ils se précipitent sur la berge pour enfin pouvoir se désaltérer, mais ils sont aussitôt attaqués par les archers turcs de Malik Ghâzî et de Qilij Arslân.
Aussitôt encerclée, l'armée franque est presque complètement décimée. Guillaume de Poitiers et Welf de Bavière parviennent à s'échapper de justesse et réussissent à rejoindre les débris des deux autres expéditions à Antioche au début de l'automne.

Les conséquences de ces défaites seront désatreuses pour la survie des territoires Latins d'Orient. D'une part, grâce à la mobilisation unilatérale des turcs contre un envahisseur, la route de l'Anatolie sera fermée pour plusieurs dizaines d'années aux troupes franques.
D'autre part, ce désastre prive les maigres armées cantonnées dans les nouveaux territoires latins d'un renfort de plusieurs dizaines de milliers de soldats dont l'absence ne sera jamais compensée.

Notes :
(1)En effet, à cette époque, Raymond de Saint Gilles se trouvait à la cour du Basileus suite à ses nombreux différents avec Godefroy de Bouillon à propos de son éviction de la couronne du Royaume de Jérusalem et sa traîtrise lors de la bataille d'Ascalon en août 1099 (René Grousset, Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem, Tome 1 p.168-178).
(2)Etienne de Blois venait se faire réhabiliter après sa défection lors de l'expédition de la Première Croisade alors qu'il accompagnait Hugues de Vermandois
(3)En été 1100, Bohémond d'Antioche avait été capturé par l'émir Dânishmendite Malik Ghâzî Gümüshtekîn alors qu'il voulait aller porter secours au prince Arménien de Mélitène. Il restera emprisonné plus de 3 ans dans la forteresse de Niksar, aux confins des territoires du Pont.
(4)L'annonce de l'invasion de cette armée franco lombarde a fait naître un sentiment d'unité chez les grands chefs turcs. Ainsi, le Dânishmendite Malik Ghâzî Gümüshtekîn reçoit les renforts du Seljûqide de Qônyia(Iconium) Qilij Arslân et du malik d'Alep, Ridwân.
(5)Ces chroniqueurs sont Albert d'Aix, Guillaume de Tyr et Ibn al-Athîr, qui mentionnent respectivement dans leurs chroniques que 160000(Albert d'Aix) ou 50000(Guillaume de Tyr) croisés sont morts et que seuls 3000 hommes ont pu s'échapper (Ibn al-Athîr)

pour une bibliographie plus complète... Bibliographie
  1. "L'Epopée des Croisades"
    René Grousset; Editions Perrin 1995
  2. "Histoire des Croisades"
    Jean Richard; Editions Fayard 2002
  3. "Histoire des Croisdes et du Royaume Franc de Jerusalem - Tome 1"
    René Grousset; Editions Perrin 1999
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