La Deuxième Croisade (1147-1149)

La chute du Comté d'Edesse en 1144 provoque un grand sentiment de tristesse et de désolation en Europe. Mélisende, reine du Royaume de Jérusalem et veuve de Foulques d'Anjou et mère du jeune roi Baudouin III, envoie une ambassade désespérée à Rome afin d'obtenir l'envoi de troupes pour soutenir la défense des Etats Latins d'Orient.
Saint Bernard de Clairvaux En arrivant à Viterbe, où le pape Eugène III se trouvait, cette ambassade en rencontre une autre envoyée par les Arméniens

A la même époque, Louis VII, récemment arrivé sur le trône de France, désire organiser un pèlerinage à Jérusalem pour expier ses fautes et notamment le fait d'avoir brûlé une église à Vitry où plus de 1300 personnes s'étaient réfugiées lors de la répression de la révolte du comte de Champagne.
Dans ce but, il convoque une première fois ses vassaux à Bourges à la Noël 1145, mais ces derniers se montrent plus que réticents à cette idée. Louis VII se voit alors contraint de postposer son pèlerinage dans la Ville Sainte.

Suite à la visite des deux ambassades à Viterbe, Bernard de Clairvaux se décide à plaider partout pour cette nouvelle croisade. En mars 1146, il est à Vezelay où son discours achève de décider le pape Eugène III de promulguer la bulle qui proclamera l'organisation de la Deuxième Croisade.
Louis VII profite de cette situation pour s'investir dans cette expédition qui pourra lui donner la rédemption de ses actes odieux.

Sceau de l'Empereur Germanique Konrad III - Musée de Munich

Saint Bernard continue sa mission divine et traverse l'Europe pour rassembler des armées. A la fin de l'année 1146, il se rend à la diète de Spire où son discours décide l'empereur germanique Konrad III à participer à cette expédition.
Pour faciliter le transport des croisés vers la Terre Sainte, la seule solution était d'obtenir de l'aide du roi de Sicile, Roger II dont la flotte dominait la Méditerranée. Mais celui-ci, à cause de divergences de vues entre les croisés européens et les latins d'Orient, se voit décliner ses offres d'aide à cette croisade et continue de son côté des actions ponctuelles contre les comptoirs et possessions musulmanes en Tripolitaine et en Tunisie.

Suite à la défection de Roger II, Louis VII et Konrad III doivent se résigner à prendre le chemin qu'avaient pris avant eux les armées de Godefroy de Bouillon et traverser toute l'Europe, en passant par le Danube, les Balkans et enfin Constantinople.
Konrad se décide le premier. Il rassemble ses vassaux à Ratisbonne et se met en route à la fin du mois de mai.
Louis VII prenant la croix pour la 2ème croisade - Miniature du XVème siècle Lorsqu'il arrive à Constantinople, le Basileus, lui demande de prêter serment d'allégeance comme les barons de la Première Croisade l'ont fait, mais il refuse et sans attendre Louis VII, il s'enfonce en Anatolie.
Trahi par ses guides grecs, son armée est décimée le 26 octobre 1147 par les turcs dans la région de Dorylée. Konrad III doit se résigner à battre en retraite avec les débris de son armée vers Nicée où il arrive au début de novembre.

Louis VII quant à lui a quitté Metz en juin 1147 pour rejoindre Ratisbonne un mois après le départ de Konrad III. Après avoir traversé comme Konrad toute cette région en passant par Belgrade, Sofia et Andrinople, il arrive en vue des murs de Constantinople avec le gros de son armée au début d'octobre 1147.
A cet instant, les relations plutôt bonnes entre le Basileus et le roi de France commencent à s'envenimer tout doucement. Plusieurs barons français tentent d'influencer l'attitude du roi et de lui faire attaquer Constantinople, mais celui-ci écarte sagement ces suggestions et tente de garder des relations calmes avec l'empereur.
A la fin du mois d'octobre, Louis VII parvient à faire passer son armée en Asie et installe son campement près de Chalcédoine. A ce moment, les byzantins exercent un chantage exécrable sur les francs à propos de ravitaillement et forcent tous les barons français à prêter serment pour la restitution à l'empire des villes conquises en terre asiatique.
Au début de novembre, les français se dirigent vers Nicée, où ils récupèrent les débris de l'expédition germanique menés par leur empereur, Konrad III.

Voulant éviter le piège dans lequel Konrad III s'est jeté, Louis VII préfère prendre le chemin de la côte, encore gardé par quelques forteresses byzantines.
En passant par Pergame et Smyrne, il arrive enfin à Ephèse vers la fin du mois de novembre. A ce moment, lassé par le second rôle que sa défaite et sa déroute lui ont conféré, Konrad III quitte Louis VII et retourne à Constantinople où il se réconcilie avec le Basileus.
Quittant Ephèse, les croisés se dirigent vers la vallée du Méandre, où des contingents menés par les comte Thierry de Flandre et Henry de Champagne défont une armée turque près de la ville d'Antioche-du-Méandre. Les turcs survivants parviennent à se réfugier derrière les murs de la ville et la mettent en état de siège. Faute de machine de siège, Louis VII doit se résigner d'abandonner la conquête de cette cité et continue sa progression vers Laodicée qu'il atteint vers le 04 janvier 1148.
La ville, désertée par ses habitants à l'approche des croisés, offre une halte bienvenue aux troupes. Louis VII quitte l'endroit le 06 janvier et prend la direction du port de Sattalie d'où il pense qu'il pourra facilement continuer vers la Cilicie et de là à Antioche.
Il quitte la côte et s'engage dans les défilés des chaînes de l'ancienne Pisidie et les contreforts du Kestel Dagh. Pour cette traversée périlleuse, Louis VII, avec l'aide des Templiers, impose une stricte discipline à ses troupes, mais ses instructions ne seront malheureusement pas respectées par tous.

Les itinéraires de la deuxième croisade : Conrad III et Louis VII

Quelques jours après son départ de Laodicée, l'avant garde de l'armée française, commandée par un seigneur poitevin nommé Geoffroy de Rancon, passe outre les ordres du Roi et décide de camper dans une vallée au lieu d'attendre le gros des troupes au sommet du col comme il était convenu.
C'est le moment que les bandes turques, qui épiaient les francs, choisissent pour mener leur attaque. Ils occupent d'abord les hauteurs que l'avant garde française a délaissées et coupent ainsi l'armée en deux. Les turcs parviennent à encercler le gros des troupes qui est alors obligée de livrer bataille au fond des gorges ou encore à flanc de montagne.
A un certain moment, Louis VII et quelques chevaliers sont encerclés par une troupe turque qui parvient presque à s'emparer du roi, mais celui-ci est sauvé par l'arrivée d'un détachement conduit par le maître du Temple de France, Evrard de Barres.
La tombée de la nuit permet aux francs de se regrouper et de rallier l'avant garde qui campait tranquillement dans la vallée.
La vigueur et le courage que les français ont montré dans cet âpre combat force le respect des Seljûqides, car ils renoncent à la poursuivre jusqu'à Sattalie, place forte côtière byzantine.

Dans cette cité, les armées de Louis VII pensaient pouvoir récupérer des forces et prendre un peu de repos. Mais, peu de temps après leur arrivée, un émissaire byzantin nommé Landulphe se présente au roi et lui fait rappeler les termes du serment de fidélité donné au Basileus avant de pourvoir substantiellement au ravitaillement des troupes.
Louis VII décide alors de ne plus continuer par la route terrestre et négocie avec Landulphe les modalités d'un transport maritime vers le port d'Antioche, Saint-Siméon.
Ici encore, le rôle ambigu des byzantin se montrera au grand jour. Après avoir promis de fournir les embarcations nécessaires au voyage de toute l'expédition, Landulphe n'en donne qu'un nombre bien insuffisant. Continuant néanmoins à placer sa confiance dans les byzantins, Louis VII se résigne à embarquer avec son armée et laisse derrière lui les pèlerins non combattants ainsi que les soldats blessés et malades, sous la garde du comte de Flandre Thierry d'Alsace et du comte Archambaud de Bourbon.
Pour une somme de 500 marcs, Landulphe s'engage même à s'occuper de tous les blessés et à mener les pèlerins en Cilicie en suivant une route terrestre protégée par des forteresses byzantines.
Dès le lendemain du départ du roi, les troupes restées sur place sont attaquées par des bandes turques sans aucune réaction des byzantins. Les deux comtes organisent au mieux leur défense et parviennent à mettre les turcs en déroute, mais le manque d'effectifs et surtout de cavalerie les empêchent de profiter de cette victoire. Ils décident alors de rester à Sattalie et de s'y fortifier. Landulphe leur promet de nouveaux vaisseaux pour les transporter tous à Saint Siméon. Mais encore une fois, le fonctionnaire byzantin se joue des croisés et ne leur fournit que quelques navires.
Le comte d'Alsace et le Comte de Bourbon s'embarquent avec les hommes valides sur ces vaisseaux et quittent le rivage turco-byzantin pour aller rejoindre Louis VII. Peu de temps après leur départ, les turcs et les grecs assaillent le camp français et en massacrent les derniers occupants. Une poignée de survivants parviendra néanmoins à gagner Antioche où leur récit creusera de plus en plus le fossé entre les grecs et les latins.

Siège de Damas par les armées de Baudouin III, Louis VII et Conrad III en 1149

L'arrivée à Saint-Siméon de la flotte de Louis VII le 19 mars 1148 va combler de joie le prince d'Antioche, Raymond de Poitiers. En effet, celui-ci, qui est l'oncle d'Aliénor d'Aquitaine, l'épouse du Roi, entrevoit dans cette arrivée l'occasion de contrer les attaques de Nûr-al-Dîn et de conquérir Alep.
Malgré les efforts de Raymond pour convaincre Louis VII et ses barons et leur prouver que la menace la plus importante et la plus grave était représentée par les Zengîdes de Nûr-al-Dîn qui projetaient de réunir toute la syrie musulmane et de massacrer tous les éléments chrétiens, Louis VII préfère continuer son pèlerinage vers Jérusalem bien que la ville ne soit aucunement menacée. En effet, l'empire Fâtimide tombe en poussière et Foulques d'Anjou, le roi de Jérusalem, était parvenu avant sa mort à conclure un traité de paix avec l'émir de Damas.
Politiquement inconcevable, l'attitude de Louis VII a pu lui être dictée par l'attitude de son épouse avec son oncle Raymond de Poitiers. Ce dernier fera tout ce qui lui est possible pour attiser les griefs qu'Aliénor portait à son époux. Louis VII doit se résoudre à quitter Antioche la nuit, tel un voleur, après avoir fait enlever son épouse qui avait manifesté le désir de rester près de Raymond et de demander le divorce.
De plus, lors de son séjour à Antioche, Louis VII a reçu la visite de messagers envoyés par les trois autres états latins d'Orient, afin de profiter de la croisade pour leur bénéfice propre. A ce jeu, la reine Mélissende, régente du royaume de Jérusalem après la mort brutale du roi Foulques en attendant la majorité du jeune Baudouin III, sera la plus convaincante. elle parviendra ainsi, confortant Louis VII dans sa décision de se rendre à Jérusalem, à détourner à son profit le but de la croisade pour augmenter son seul domaine royal.

En arrivant enfin à Jérusalem, Louis VII rencontre l'empereur germanique Konrad III qui venait de débarquer quelques jours plus tôt, vers le 11 avril 1148, après avoir pris énormément de repos à la cour du Basileus.
Le lendemain de son arrivée à Jérusalem, Louis VII, Konrad III et les barons hiérosolomitains décident de convoquer une assemblée générale à Acre pour décider définitivement de l'orientation à donner à la Croisade. Ces Assises d'Acre ont lieu le 24 juin 1148. Guillaume de Tyr, dans sa chronique, énumère tous les barons et prélats qui y ont assisté et parmi eux, il cite le nom de Robert de Craon, Maître du Temple et Raymond du Puy, Maître de l'Hôpital.
Quelques jours après l'arrivée de Louis VII à Jérusalem, une autre expédition débarque à Acre. Celle-ci est composée d'une armée languedocienne et provençale commandée par le comte de Toulouse Alphonse Jourdain, fils du grand guerrier Raymond de Saint Gilles.
Cette parenté lui sera néfaste, car à peine arrivé, il sera empoisonné sur le chemin de Jérusalem, dans la ville de Césarée. Certains ont vu dans cette mort violente, l'implication de la famille de Raymond II, comte de Tripoli et petit neveu du défunt, pour protéger le comté d'une éventuelle revendication qu'aurait pu avoir Alphonse Jourdain.

Les décisions prises lors de l'assemblée d'Acre auront une influence funeste sur l'avenir des Etats Latins d'Orient. Au cours de cette assemblée, uniquement composée de croisés occidentaux et de barons hiérosolomitains, la stupide décision d'attaquer Mu'în-al-Dîn Unur, le régent de Damas, allié des Francs et ami de feu le roi Foulque, sera prise.
A la mi-juillet, les troupes se mettent en marche pour Damas en passant par Bâniyâs (Panéas) et les contreforts méridionaux de l'Hermon.
Damas et ses environs au moment du siège de 1148 Après avoir traversé le Nahr al-Sâbirâni à gué, les croisés établissent leur campement à Dâreiya, à 6 km au sud-ouest de Damas, à l'orée de la Ghûta (terrains irrigués par de nombreux canaux et composés de vergers, de haies et de jardins entourant la ville de Damas) occidentale.
La première action des croisés sera de s'emparer de ces vergers, d'une part pour priver la ville d'une partie de ses défenses mais aussi pour tout le ravitaillement que ces jardins et vergers pouvaient apporter.
L'attaque commence le 24 juillet 1148. Cette première attaque n'est qu'une succession de petites escarmouches entre la chevalerie franque maladroite sur ce type de terrain et les archers damasquins cachés dans chaque recoin de ces jardins.
Obligés de battre en retraite devant ce système défensif, les francs entament alors une fouille et une destruction systématique de chaque abri potentiel pouvant servir aux musulmans.
Cette tactique leur permet de s'emparer d'une partie de la Ghûta et d'occuper les positions de Mezzé, de Neirab et de Rabwé, se rapprochant ainsi de Damas.
Les troupes de Baudouin III, utilisées comme force principale dans ces combats seront arrétés sur les rives de la rivière Baradâ que les turcs avaient garnis de défenseurs. Konrad III avisé de cet arrêt des troupes se porte à la tête du combat et parvient à mettre l'ennemi en déroute et ainsi s'empare d'une grande position stratégique sur cette rivière, car c'est elle qui commande toute l'irrigation de l'oasis de Damas.
Les habitants de la ville pris de panique, commencent à se barricader le mieux possible pour avoir le temps de s'enfuir au moment de l'assaut final. Au même moment, Thierry d'Alsace, comte de Flandre, parvient à se faire promettre par Louis VII et Konrad III l'investiture de ce qui devrait devenir la future principauté franque de Damas, tant les barons francs pensaient que la ville allait tomber facilement entre leurs mains.
Malgré l'évolution catastrophique de la situation, Mu'în-al-Dîn Unur ne s'avoue pas vaincu, et dès le lendemain, le 25, il dirige vers le camp ennemi une vigoureuse sortie qui cause énormément de pertes humaines du côté franc.
Les jours suivants, grâce aux renforts arrivés des provinces damasquines du nord-est, il peut rétablir le moral de ses troupes et lancer de nouvelles contre-attaques et recommencer une guérilla meurtrière pour les francs dans les jardins de la Ghûta.
Malgré ces petites victoires, l'avantage restait du côté des francs, lorsque le 26 juillet au soir, des barons syriens, parviennent à convaincre Louis VII et Konrad III que la prise de la ville est impossible par ce côté de la Ghûta et qu'il faut changer de position. Cette initiative irréfléchie a sans doute été dictée aux barons syriens par la jalousie que ce soit un chevalier occidental, Thierry d'Alsace, qui ait été pressenti pour devenir le futur souverain du nouvel état de Damas.
L'abandon des positions sur la Bâranâ et dans la Ghûta prive les francs de tout leur ravitaillement en eau et en nourriture.
Mais pour Mu'în-al-Dîn Unur la situation changeait complètement. Grâce à cette décision des francs, le siège de la ville était levé, de plus, dès que les francs ont eu abandonné la Ghûta, il y fait envoyer nombre de guerriers avec pour mission d'y rétablir un système de défense inexpugnable.
La situation des francs devient de plus en plus précaire après l'abandon de leurs positions au sud et à l'ouest de la ville. Mu'în-al-Dîn Unur à l'approche de l'armée chrétienne avait résolu d'alerter ses anciens ennemis zengides pour qu'ils viennent à son aide. L'arrivée de l'armée de Nûr al-Dîn à Homs risquait de provoquer l'encerclement des francs et ceux-ci se résignent à quitter définitivement l'endroit et à opérer leur retraite vers Jérusalem le 28 juillet. Cette action des barons syriens refroidira pour longtemps les relations entre les latins de Syrie et les latins d'Occident.

Dès son retour à Jérusalem, l'empereur Konrad III organise les préparatifs pour son retour en Europe et embarque à Acre au début de septembre pour rejoindre le continent en faisant une halte à Constantinople, à la cour de Manuel Comnène, avec qui il s'est complètement réconcilié après les évènements catastrophiques du début de la Croisade.
Louis VII, quant à lui, restera encore plusieurs mois en Palestine et ne s'embarquera pour la France qu'après la fête de Pâques 1149.

Cette Croisade n'a été qu'une succession d'échecs et de malversations entre les différents barons chrétiens. D'abord, les relations entre les francs et les byzantins se sont trouvées amoindries à cause de l'attitude de Manuel Comnène avec les croisés, un problème politique entre le prince d'Antioche et Louis VII détourne le but de la croisade vers Jérusalem au lieu de combattre le nouvel ennemi zengide en la personne de Nûr Al-Dîn et pour terminer, les relations entre barons syriens et occidentaux se refroidissent énormément suite à l'abandon du siège de Damas pour des raisons tout aussi futiles qu'égoïstes et surtout désastreuses pour l'avenir.


pour une bibliographie plus complète... Bibliographie
  1. "L'Epopée des Croisades"
    René Grousset; Editions Perrin 1995
  2. "Histoire des Croisades"
    Jean Richard; Editions Fayard 2002
  3. "Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem - Tome 2"
    René Grousset; Editions Perrin 1999
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