Livre de Saint-Bernard aux Chevaliers du Temple
Louange de leur Nouvelle Milice

  1. Avertissement
  2. Prologue
  3. Chapitre 1 - Louange de la nouvelle milice
  4. Chapitre 2 - De la milice séculière
  5. Chapitre 3 - Des soldats du Christ
  6. Chapitre 4 - Vie des soldats du Christ
  7. Chapitre 5 - Le Temple
  8. Chapitre 6 - Bethléem
  9. Chapitre 7 - Nazareth
  10. Chapitre 8 - Le mont des Oliviers et la vallée de Josaphat
  11. Chapitre 9 - Le Jourdain
  12. Chapitre 10 - Le Calvaire
  13. Chapitre 11 - Le Sépulcre
  14. Chapitre 12 - Bethphagé - page actuelle
  15. Chapitre 13 - Béthanie

CHAPITRE XII - Bethphagé

  1. 30. Que dirai-je de Bethphagé, le hameau des prêtres, que j'allais oublier; de Bethphagé qui rappelle le sacrement de la confession et le mystère du ministère sacerdotal?
    Bethphagé signifie la maison de la bouche; or il est écrit: « Ma parole n'est pas loin de vous, elle est clans votre bouche et dans votre coeur (Rom., X, 8). »
    N'oubliez pas que cette parole ne se trouve pas dans l'une des deux seulement, mais dans l'une et dans l'autre à la fois.
    En effet, elle se trouve dans le coeur du pécheur où elle opère une salutaire contrition, et elle se trouve aussi dans sa bouche, où elle impose silence à la mauvaise honte qui l'empêcherait de faire une confession nécessaire.
    Il y a deux sortes de hontes, selon l'écriture : « l'une qui fait tomber dans le péché et l'autre qui attire la gloire (Eccli., IV, 25). »
    La bonne est celle qu'on ressent de son péché présent ou passé, et qui fait que, même en l'absence de tout témoin humain, on a, pour la présence de Dieu, beaucoup plus que pour celle d'un homme, un respect d'autant plus grand qu'on sait que Dieu est plus pur que l'homme, et que le pécheur l'offense d'autant plus gravement qu'il est certain que le péché est plus éloigné de lui.
    Voilà la honte qui chasse la honte et appelle la gloire, soit parce qu'elle ne permet point le péché, ou si elle le permet, le punit par la pénitence et le chasse par la confession.
    Or notre gloire à nous c'est le témoignage de notre conscience.
    Mais pour la honte qui nous empêche de confesser ce qui peut nous causer de la confusion, elle amène le péché et détruit toute gloire qui prend sa source dans la conscience, puisqu'elle empêche le pécheur contrit de sa faute, d'en débarrasser son coeur, en lui fermant sottement la bouche, quand au contraire il devrait bien plutôt dire avec David : « Seigneur, j'ai résolu de ne point tenir mes lèvres fermées, ainsi que vous le savez (Psalm., XXXIX, 10). »
    Le même prophète se reprochait ailleurs d'avoir, je crois, cédé à une honte aussi sotte que déraisonnable, quand il s'écriait: « Parce que j'ai gardé le silence, mes os ont vieilli (Psalm. XXXI, 3). »
    Voilà pourquoi aussi il demande qu'il y ait une garde vigilante placée à sa bouche pour en ouvrir la porte à la confession et la fermer à la justification, et il ne demande pas autre chose à Dieu dans sa prière, parce qu'il n'ignore point que la confession et la louange sont son oeuvre (Psalm. CX, 3).
    En effet, confesser notre malice et louer en même temps la bonté et la puissance de Dieu, double bien d'une double confession, est un don de Dieu.
    C'est ce qui faisait dire à David: « Ne souffrez point, Seigneur, que mon cœur se laisse aller à des paroles de malice, et à chercher des excuses à mes péchés (Psalm. CXI, 4). »
    Voilà pourquoi les prêtres, qui sont les ministres de la parole de Dieu, doivent agir avec une double prudence, et s'appliquer, en même temps qu'ils donnent aux pécheurs de la douleur et de la honte de leurs péchés, à ne pas les empêcher de les confesser, en sorte que, en ouvrant leurs coeurs à la contrition, ils ne ferment point leur bouche à la confession; car ils ne doivent point absoudre un pénitent, quelque contrit qu'il soit, s'il n'a point confessé de bouche ses péchés; en effet, s'il faut croire de coeur pour obtenir la justice, il faut aussi confesser de bouche pour obtenir le salut: d'ailleurs la confession d'un mort est nulle et morte elle-même (Eccli., XVII, 26).
    Celui donc qui a la parole dans la bouche et ne l'a pas dans le coeur, est vain ou trompeur: mais quiconque l'a dans le coeur et ne l'a point sur les lèvres est un homme orgueilleux ou timide.


Publié grâce à l'aimable autorisation de l'Abbaye Saint Benoît de Port-Valais, 1897 Le Bouveret (VS) SUISSE
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