Essai d'identification de sépultures templières dans
le cimetière de la commanderie de Fourches (Le Vaudoué)

Contributeur : Claude-Clément Perrot

Identifier un individu ayant appartenu à l’Ordre du Temple, au milieu d’une multitude de sépultures établies dans le cimetière d’une commanderie où reposent des hommes, des femmes et même un enfant, relève de la quadrature du cercle, si l’on ne prête pas attention à quelques indices particuliers.

Nous savons que dans les tombes des Frères du Temple, on ne dépose pas d’armes car, lorsqu’un frère n’est plus en état de s’en servir, on la confie à un Templier valide.

Une interprétation de la règle voudrait que l’inhumation soit faite en linceul portant une croix, de la forme la plus simple possible (certainement une croix grecque, comme celle qui figure sur le manteau représenté sur la pierre tombale du Templier Gérard de Villers ou sur celle du commandeur de La Rochelle, Pierre de Legé).

Sépulture SE28 - Fourches

Le livre des Us et Coutumes dit simplement : "ils sont mis en terre les bras croisés sur la poitrine".
Lors de la campagne de recherches, menée en 1984 par le Centre de Recherche et de Documentation Médiévales et Archéologiques de Saint-Mammès, une sépulture, nommée SE 28, avait été mise au jour dans le cimetière de Fourches.

L’individu, de sexe masculin, était inhumé en décubitus dorsal, la tête à l’ouest, les pieds à l’est, à une profondeur de 0,70 m sous le niveau de circulation du sol d’origine de l’espace cémétérial.
Pichets dans la sépulture SE28 - Fourches Le squelette était accompagné de quatre pots encensoirs, en pâte rouge, attribuables à un atelier de potier de Dourdan et datables du 13e siècle.
Les vases, du type pichet, contenaient encore le charbon de bois qui avait servi pour brûler l’encens lors des pompes funéraires.

Un fait nous interpella, matérialisé par la présence de deux petits anneaux en métal cuivreux, trouvés de chaque côté du bassin, ainsi qu’une boucle de ceinture en fer.
Huit clous, mis au jour dans la fosse, attestent la présence d’un brancard disparu.

Etudiée individuellement, cette tombe paraît relativement classique pour la période médiévale ; cependant la campagne de recherches qui suivit dix ans plus tard, en 1994, allait nous conduire à une interprétation plus précise, grâce à une nouvelle découverte.
Effectivement, à moins de quatre mètres à l’est de la tombe SE 28, une autre sépulture, nommée SE 58, révéla les mêmes accessoires d’habillement, aux mêmes emplacements.

Sépulture SE58 - Fourches

Seule différence, cette nouvelle tombe n’était pas accompagnée de pots encensoirs ; l’inhumation de cet individu, de moins de trente ans, avait été faite en pleine terre, à une profondeur de 1,01 m.
C’est la parfaite ressemblance qui unissait les boucles de ceinture et les anneaux cuivreux entre eux, qui fit naître, en notre esprit, la possibilité d’une tenue vestimentaire semblable, certainement en rapport avec l’Ordre des Templiers.

Si la boucle de ceinture ne laisse aucun doute sur sa fonction, les anneaux reposant sur les crêtes du bassin sont plus délicats à interpréter. Ils n’ont pu servir au passage d’une ceinture car la boucle présente une ouverture de 23 millimètres, alors que le diamètre intérieur des anneaux est inférieur à 15 millimètres.
Une explication peut cependant être envisagée, elle est liée à une pratique régulière dans l’Ordre du Temple.

Pichets dans la sépulture SE28 - Fourches

Effectivement, les frères devaient porter jour et nuit, sur leur chemise, une cordelette.
Celle-ci devait être fine. L’un des frères, interrogé lors du procès fait à l’ordre, dit que la sienne était en fil blanc ; le frère Jean de Saint-Benoit déclare : "je sais que lors de sa réception chacun recevait une cordelette qu’on ceignait jour et nuit sur sa chemise, cette pratique s’observait dans tout l’ordre".
Les Templiers devaient la porter en signe de chasteté.
Nos petits anneaux étaient donc certainement cousus sur le vêtement et servaient de passe cordelette.

La première sépulture nous apporte une datation cohérente par son mobilier ; elle correspond bien à la période d’occupation du site par les frères du Temple qui le quittèrent en octobre 1307.
Seules ces deux sépultures du cimetière de Fourches présentaient ces particularités. Il serait intéressant de savoir si des observations de ce genre ont été faites dans d’autres commanderies, en France ou en Europe.


pour une bibliographie plus complète... Bibliographie
  1. "Rapport de fouilles concernant les recherches faîtes dans la commanderie de Fourches au Vaudoué"
    Perrot (Claude-Clément), 1984
  2. "Rapport préliminaire concernant les fouilles de sauvetage entreprises dans la commanderie de Fourches, au Vaudoué"
    Perrot (Claude-Clément), 1994
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