Philippe II Auguste (1165-1223)

Roi de France de 1180 à 1223

Philippe II Auguste fut associé au trône par son père et sacré à Reims à la Toussaint 1179, à une époque où le roi était déjà atteint de la paralysie qui allait l’emporter l’année suivante, de sorte que le jeune Philippe fut seul à gouverner après cette cérémonie. Cependant, sa jeunesse l’obligeait à s’en remettre à sa mère, Adèle de Champagne qui, avec ses frères Henri 1er comte de Champagne, Thibaud V comte de Chartres et de Blois, Etienne comte de Sancerre et l’archevêque Guillaume aux Mains Blanches, entendait gouverner à sa place. Au parti champenois, s’opposait le parti flamand, dirigé par le comte de Flandre, Philippe d’Alsace, ami personnel du roi défunt et parrain du jeune souverain. Celui-ci, qui eût été la victime de ces rivalités sans sa forte personnalité, décida de jouer ces factions l’une contre l’autre. Il se rapprocha de son parrain et épousa quasi secrètement sa nièce, Isabelle de Hainaut, qui lui apporta l’Artois en dot (28 avril 1180). L’événement provoqua la colère du parti champenois, qui réclama l’annulation du mariage comme ayant été imposé de force par le comte de Flandre. Pour couper court à toute contestation, le roi fit couronner sa femme et se recouronna lui-même lors d’une cérémonie célébrée à Saint-Denîs. La reine mère se retira en Normandie et appela à son secours Henri II d’Angleterre pendant que Philippe Auguste mobilisait ses propres forces. La guerre n’eut pas lieu: les deux souverains se rencontrèrent à Gisors et décidèrent la reconduction du traité d’alliance que le premier avait passé avec Louis VII. En faisant semblant de prendre parti pour Adèle de Champagne, le roi d’Angleterre cherchait en réalité à diviser encore plus l’entourage royal, dans le but probable de s’imposer lui-même à Philippe, son suzerain pour ses possessions françaises (Anjou, Normandie, Aquitaine). Cet accord eut comme conséquence de coaliser Champenois et Flamands contre Philippe Auguste. La rencontre entre les deux partis eut lieu à Provins (mai 1181), à laquelle participèrent en plus le comte de Hainaut, beau-père du roi, et le duc de Bourgogne. Les révoltés décidèrent d’envahir le domaine royal en plusieurs endroits. Après une riposte énergique et victorieuse de Philippe, Henri II s’entremit une seconde fois (avril 1182), sans grand résultat. Profitant de ce répit, le roi de France fit la paix avec le parti champenois qu’il avait vaincu, puis se retourna contre Philippe d’Alsace qu’il isola en le privant de son alliance avec le Hainaut. Au terme d’une courte campagne, il l’accula dans Boves et le contraignit à la paix : le comte cédait Amiens, le Vermandois et confirmait la dot de la reine, l’Artois (juillet 1185). Resté seul, le duc de Bourgogne dut lui aussi faire sa soumission. Ses ennemis défaits, Philippe Auguste affronta Henri II d’Angleterre, le plus puissant et le plus dangereux de ses vassaux, en mettant à profit les dissensions existant entre le souverain anglais et ses fils et en multipliant les réclamations territoriales de toutes sortes. A la mort de l’aîné, Henri, qui avait épousé Marguerite, l’une des soeurs du roi de France, ce dernier réclama sa dot, Gisors et le Vexin. En même temps, il excitait Geoffroy (troisième fils de Henri II), investi de la Bretagne, contre son frère Richard Coeur de Lion, duc d’Aquitaine. En 1187, Philippe s’emparait d’Issoudun et mettait le siège devant Châteauroux. Contraint à la guerre, son rival préféra traiter et céda Issoudun et Fréteval. L’année suivante, alors que la guerre menaçait en Normandie, le légat du pape imposa sa médiation lors de l’entrevue de Gisors et convainquit les deux souverains de se croiser. Sur ces entrefaites, Richard Coeur de Lion eut à faire face à une révolte de ses barons aquitains et envahit Quercy et Languedoc. Le roi de France riposta aussitôt jusqu’à ce que, à la suite d’une nouvelle intervention de l’Église, les deux hommes se rencontrent à Bonmoulins, le 18 novembre 1188. Philippe proposa à Richard de lui inféoder l’Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou et ses récentes conquêtes en Languedoc en échange de sa soumission, ce qui constituait une trahison de la part de Richard puisque une telle décision ne pouvait revenir qu’à Henri II, et en même temps une lourde faute politique : c’était reconnaître de manière éclatante l’autorité du roi de France. Après quoi, les deux hommes voulurent imposer leur accord à Henri II, vieilli et malade. Après un premier refus, celui-ci fut contraint, peu avant sa mort en 1189, d’accepter les conditions de Philippe qui prévoyaient entre autres que Richard serait l’unique héritier de son père, au détriment de Jean sans Terre, et que les possessions anglaises en France relèveraient de la suzeraineté capétienne. La disparition de Henri II, inattendue pour Philippe Auguste, constituait un échec car Richard Coeur de Lion recueillait les fruits de sa politique. En se faisant couronner duc de Normandie le 20 juillet 1189 et roi d’Angleterre le 3 septembre, il reconstituait l’empire Plantagenêt. L’année suivante, Philippe et Richard partirent pour la croisade. II semble que le but du premier ait été d’y rester le moins de temps possible et, rentré en France, de profiter de l’absence de son rival pour s’attaquer à la Normandie. C’est ainsi qu’il quitta l’expédition peu après le siège de Saint-Jean-d’Acre (juillet 1191), d’autant plus facilement qu’il y était tombé malade, et qu’il commença à traiter avec Jean sans Terre, le frère du roi d’Angleterre. Lorsque celui-ci fut fait prisonnier et vendu à l’empereur Henri VI, Philippe multiplia les démarches pour empêcher sa libération. Au terme de longues négociations menées par la reine mère d’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine, Richard fut relâché contre une rançon exorbitante (1194). Accouru en Normandie, il n’eut pas de peine à détacher son frère de son alliance avec Philippe Auguste. La guerre éclata et tourna au désavantage de la France : défaites de Fréteval (1194) et de Courcelles (1198). La mort de Richard Coeur de Lion au siège de Châlus renversa la situation en faveur de son ennemi (mars 1199). Jean sans Terre lui ayant succédé sur le trône d’Angleterre, Philippe lui suscita un compétiteur en la personne d’Arthur de Bretagne qui cherchait à faire valoir ses droits en tant que fils de Geoffroy, le frère aîné de Jean. La paix fut rétablie par le traité du Goulet du 22 mai 1200 le roi d’Angleterre cédait le comté d’Evreux, la suzeraineté sur l’Auvergne et le Berry, acceptait le mariage du futur Louis VIII avec sa nièce Blanche de Castille, à qui il donnait en dot Gracay et Issoudun. La paix fut de courte durée, d’autant qu’il n’était pas dans l’intention de Philippe de la maintenir longtemps. II prit le prétexte d’une plainte des barons poitevins pour citer à comparaître Jean sans Terre, son vassal, ce que celui-ci refusa bien évidemment de faire. La guerre reprit en Anjou et en Bretagne et sévit au cours de l’année 1203. La mort mystérieuse d’Arthur de Bretagne, que la cour de France imputa au roi d’Angleterre, fit rebondir le conflit. La prise de Château-Gaillard, le 6 mars 1204, ouvrit la Normandie à l’armée française, sans entraîner de réactions de la part de Jean sans Terre, de sorte que la trêve de 1206 reconnut la souveraineté de Philippe sur la partie occidentale de la France. N’y échappaient que le Poitou, la Saintonge et la Gascogne. On ne possède pas de reproduction précise du roi. On sait toutefois que c’était un bel homme, grand, avenant, le visage souriant. Il aime la bonne chère et le vin; il n’en impose pas par sa tenue, en général négligée. Au moral, il faut souligner chez lui sa très forte émotivité, ses accès de colère et, en même temps, son attention aux humbles, son absence de cruauté, toutes qualités qui lui valurent de son vivant une grande popularité. Mais avant tout, Philippe Auguste est un politique. Ses objectifs que souvent il tait, même à son entourage proche, sont clairs agrandir le plus possible le domaine royal, développer son autorité. Pour y parvenir, il est prêt à utiliser les voies les plus tortueuses. La clef de sa réussite réside dans une volonté inflexible et dans une totale absence de scrupules. Des Capétiens, il a la lucidité et la patience. Sachant que ses moyens sont souvent moindres que ceux de ses ennemis, plutôt que d’affronter de face les obstacles, il préfère temporiser, observer puis agir de manière biaisée, en général en divisant ses adversaires. Ses démêlés conjugaux l’entraînèrent dans des conflits avec le Saint-Siège. Après la mort d’Isabelle de Hainaut en 1189, la mère du futur Louis VIII, le roi épousa Ingeburge de Danemark, le 14 août 1193. Pour des raisons inconnues, il s’en dégoûta le jour même des noces et la répudia trois mois plus tard. La reine, qui refusait la perte de ses droits de souveraine, fut enfermée dans un couvent. Célestin III cassa la sentence de divorce prononcée par l’archevêque de Reims, ce qui n’empêcha pas Philippe Auguste de convoler en troisièmes noces avec Agnès de Méranie (1196). Deux ans plus tard, le nouveau pape Innocent III excommunia le roi et lança l’interdit sur le royaume de France. Philippe se soumit, reprit Ingeburge, obtint la levée de la mesure pontificale. Sous le prétexte qu’Agnès était enceinte, il refusa de s’en séparer et fit enfermer à nouveau sa première femme. Sur ces entrefaites, Agnès qui lui avait déjà donné deux enfants, Philippe et Marie, mourut en couches. Par la suite, il maintint Ingeburge en détention et multiplia en vain les démarches pour obtenir l’annulation de cette union. De guerre lasse, il la libéra en 1213. Quoiqu’il eût remporté d’éclatants succès contre Jean sans Terre, Philippe Auguste n’entendait pas en rester là. Il profita de la querelle d’innocent III avec son ennemi pour préparer l’invasion de l’Angleterre, à la demande même du pape. La réconciliation des deux hommes, alors que les préparatifs de l’expédition étaient achevés, fit avorter le projet et souleva la colère du roi qui se sentit dupé par le pape (printemps 1213). Plutôt que de licencier son armée, il préféra attaquer la Flandre dont le comte, Ferrant, l’avait trahi au profit de Jean sans Terre. La campagne de 1213-1214 qui ravagea la région hâta la formation de la coalition (comte de Flandre, comte de Boulogne, empereur Otton IV de Brunswick) que le roi d’Angleterre ourdissait depuis plusieurs années contre son ennemi. Pendant que Jean, qui avait débarqué en France, était battu à La Roche-au-Moine par le prince Louis, Philippe Auguste remportait à Bouvines une victoire éclatante sur l’empereur et ses alliés (27 juillet 1214). Le roi d’Angleterre sortit considérablement affaibli de cette défaite et dut faire face l’année suivante à une révolte de barons auxquels Louis vint prêter main-forte (voir Louis VIII). L’oeuvre de Philippe Auguste est absolument remarquable. Alors qu’il avait hérité d’un domaine royal encerclé par les territoires des grands vassaux, théoriquement soumis au roi mais de fait indépendants (comtés de Flandre et de Champagne, duché de Normandie, comtés de Blois, de la Marche, de Bourgogne, duché de Bourgogne), il est devenu à sa mort le seigneur le plus puissant de France. Il a en effet annexé l’Artois, l’Amiénois, le Valois, le Vermandois, le Maine, l’Anjou, la Normandie, la Touraine, une grande partie du Poitou et de la Saintonge. De plus, les possessions des Plantagenêts ont été considérablement réduites en importance, tandis que les grands fiefs sont entrés dans l’orbite royale. Enfin, au sud, à la suite de la croisade contre les Albigeois, le Languedoc est lui aussi sur le point d’être agrégé au domaine royal. Cette transformation territoriale s’est accompagnée de réformes administratives, judiciaires et financières profondes (apparition des baillis et des sénéchaux, mise en place d’institutions préfigurant le Parlement et la cour des Comptes). A sa mort, le 14 juillet 1223, la puissance et l’autorité du roi de France étaient telles que, contrairement à ses prédécesseurs, il n’avait pas eu besoin d’associer son fils au trône.


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  1. "Dictionnaire des rois et reines de France"
    Didier Feuer et Jean d'Hendecourt; Le Grand Livre du Mois 1989
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