la Marine de l'Ordre du Temple

Source : Guy-Gérard FONTAINE

Nous savons que les Templiers sont des hommes "modernes" de leur temps, dont les têtes pensantes sont tournées vers la connaissances, l'évolution et le progrès.
Nous pouvons donc penser que les Templiers dont la richesse a d'abord été basée sur des donations de biens, d'or et d'argent, ont fait fructifier cette richesse. Nous savons malgré tout que cela ne sera pas suffisant.
Nous pouvons donc affirmer sans nous tromper que les Templiers ont pu faire construire une flotte par divers chantiers et que ces bateaux étaient ce que l'on faisait de mieux à ce moment.
Quels étaient ces bateaux ?
Ils utilisèrent au moins trois types de bateaux différents:

  1. les bateaux de transports d'hommes et de marchandises
  2. les bateaux de guerre
  3. les navires "huissiers" destinés au transport des chevaux
Avec bien entendu comme différence le fait de naviguer en Atlantique ou en Méditerranée.

Méditerranée

Navire de guerre: la GALERE

La Galère

Vaisseau de guerre à rames qui succède au dromon et qui apparaît vers l'an mil dans les flottes marchandes italiennes. Il doit son nom à un poisson en forme d'épée, le galéos.
Au XIIème siècle cette galère possède deux rangées d'avirons superposées passant par des apostis. Sur chaque bord elle compte 21 avirons.
Au XIIIème siècle ce type de galère cesse d'exister. Les rameurs ne sont plus assis en étage mais en rang et leur aviron traverse une grande poutre appelée aposti sans passer par des dames de nage.
La galère à groupe de trois rameurs compte de 40 à 44 avirons pour chaque bordée. Au début, la galère n'a qu'un mat mais au XIIIème siècle un second mat fait son apparition. Les deux portent un immense gréement latin qui ne s'utilise que comme complément de la propulsion.
Pendant les combats, les voiles sont ferlées et la vergue fixée par une chaîne au pont.
Le rapport longueur - largeur est de 6 pour 1. C'est-à-dire que pour une longueur de 40m, la largeur au maître bau est de 6,5m. Le tirant d'eau est de plus de 2m. Le gouvernail d'étambot ne fera son apparition sur les galères qu'au XVème siècle.

Navire de charge: Le NAVAS

Le Navas

Après les navires marchands byzantins, nous voyons apparaître du XIIème au XIVème siècle, les navires de commerce des républiques italiennes.
NAVA ou NAU est l'appellation générale des vaisseaux italiens de cette époque. Les Navas sont construites à Venise et à Gênes.
Ces républiques commerciales monopolisent le commerce du Levant et de l'Europe et la navigation maritime durant les croisades. Ceci exige des navires marchands puissants capables de transporter une grande quantité de marchandises, de passagers, de chevaux, de l'armement et tout le ravitaillement.
Ce sont de larges navires ventrus à fort tirant d'eau (6m) munis d'un haut franc bord, le creux était à 4m au dessus de la ligne de flottaison. Les Navas peuvent avoir 3 ponts. Ces navires mesurent 30m de long pour 12m de large et jaugent 500 tonneaux.
Les Navas sont maladroites, massives, encombrantes. Il arrive souvent que lors d'un brassage des voiles, lors d'un changement d'allure, les passagers doivent se masser d'un côté du bateau pour l'empêcher de chavirer.
Les premières Navas naviguaient au timon, il sera remplacé par un gouvernail arrière emprunté aux cogges de l'Europe du Nord.

Les Navires Huissiers

Ces navires sont construits pour le transport des chevaux, ils comportent des portes (Huis) sur chaque bord suffisamment grandes que pour permettre aux chevaux d'embarquer directement et d'être placés de suite dans leurs boxes respectifs. Je n'ai malheureusement aucune illustration à fournir car ce bateau ne semble avoir existé que par la volonté des Templiers et uniquement pendant les croisades. Après la perte de la Terre Sainte, ce genre de bateau n'était plus nécessaire. Ces bâtiments sont de la dimension des NAVAS et NEFS du nord.

Atlantique

Navires de transport et de guerre : la NEF

La Nef

En Europe du Nord à cette époque, le commerce s'effectue de façon brutale et les combats entre navires de charge ne sont pas rares. En conséquence, les navires marchands ne différencient pas beaucoup des navires de guerre. Les expéditions des croisés ne nécessitent pas des navires de guerre particuliers mais surtout des navires de transport qui au besoin s'arment en bâtiments de guerre. C'est la NEF.
Ce navire de charge et de combat se répand jusqu'en Angleterre. Sa largeur vaut le tiers de sa longueur, le meilleur rapport pour une stabilité parfaite.
Elle possède un haut franc bord, la forme de la proue et de la poupe du bateau viking, un mat planté au milieu porte une voile carrée avec au sommet une bretèche utilisée dans les combats. Celle-ci est peut-être empruntée aux bateaux méditerranéens rencontrés lors des voyages vers la Terre-Sainte.

Le COGGE

Le Cogge

Au début du XIIIème siècle, un autre type de voilier apparaît au nord de l'Europe, le cogge appelé aussi Koggen. Tout comme la nef, le Cogge est un bateau de transport et de guerre qui tire son origine du roundship britannique et du hogg frison.
Le cogge possède d'excellentes qualités nautiques grâce à son type de construction. C'est un bateau court, large, haut de bord et surtout profond et à fond plat. Le rapport longueur - largeur est de 3/1 comme pour la nef et son tirant d'eau atteint 3m.
Sa charpente, composée de couples en bois de frêne, est renforcée par des barrots en saillie comme pour la nef avec un bordé en chêne ou en épicéa.
Au XIIIème siècle, le gréement du cogge ne subit pas de modifications. Il n'a qu'une seule voile carrée pouvant avoir une surface très grande car le gouvernail permet de tenir le cap avec la grand-voile. Le mât doit être ainsi plus élevé et aussi mieux haubané. Le beaupré, prolongement de l'étrave, sert à fixer les étais. Le cogge atteint rarement les 200 tonneaux.

Voilà donc ce que nous pouvons dire sur les bateaux utilisés à l'époque.
Afin de connaître le nombre de bâtiments ayant appartenus au Temple, il faudrait rechercher des éléments dans les archives des villes de Gênes et de Venise pour y retrouver des traces de commandes templières.

Les ports

Concernant les ports templiers, nous savons qu'ils utilisent au nord, les port de Boulogne, Barfleur, ainsi que les port des villes flamandes. La Rochelle est également utilisé, mais d'après Louis CHARPENTIER, ce port aurait eu un statut particulier, car il ne semble avoir aucun rapport, ni avec la Terre Sainte, ni avec le Portugal, ni avec les pays du nord. Les voyages au départ de la Rochelle sont, toujours d'après CHARPENTIER, effectué vers les Amériques où les Templiers auraient eu des mines non pas d'or mais d'argent, et de là viendrait l'expression "avoir de l'argent" signifiant être riche. La Rochelle reste donc une énigme, passons...
Au sud, les Templiers utilisent le port de Marseille, avec promesse faite aux armateurs de la ville de leur réserver un certain nombre de voyages vers la Terre Sainte, car ceux-ci ont peur d'un monopole templier sur les dits voyages.
Ils utilisent Toulon qui est commanderie templière, ils ont une rade personnelle à Saint-Raphaël, ainsi qu'à Collioure. Ils doivent avoir une flotte relativement importante à Majorque qui est une commanderie maritime.
Enfin un texte fait état que tous les vaisseaux de guerres basés à Saint-Jean d'Acre sont aux ordres du commandeur de la Terre ainsi que le commandeur de la "Voûte" (port) d'Acre et tous les frères qui lui sont soumis.

Toulon, commanderie maritime

L'enceinte fortifiée s'étend sur moins de 200m de large, elle a dans son ensemble la forme d'un fer à cheval très allongé vers le nord.
Les remparts sont constitués d'une muraille continue de dix mètres de haut sur laquelle s'appuient souvent des maisons.
Elle mesure 3m d'épaisseur à la base et 50 cm à sa crête. Elle est crénelée et percée de meurtrières. Certaines "maisons" y ont pratiqué des ouvertures, comme c'est le cas des deux maisons acquises par le Temple sur la murailles ouest.
Ainsi, l'Ordre du Temple qui a établi une commanderie maritime à Toulon peut échapper aux droits d'embarquement et de déchargement de leurs navires en toute franchise. Les navires remontent jusqu'aux maisons par le fossé faisant le tour des fortifications.
Des tours renforcent les angles. Ce sont de robustes constructions rectangulaires aux solides assises évasives, coiffées d'un toit à pignon à deux égouts que remplacera plus tard une plate-forme crénelée.
Au beau milieu de cette façade maritime, "le portal del mar" ouvre sur un étroit rivage. Sa haute porte surmontée d'une tour est précédée par un embarcadère en bois.
Le castelet : les Templiers y ont laissé trace de leur séjour, une maison porteuse d'un bas relief où Saint Jean-Baptiste est représenté avec son légendaire agneau, ainsi que l'église Saint-Sauveur du XIIème siècle qui a été leur chapelle.


pour une bibliographie plus complète... Bibliographie
  1. "Encyclopédie des voiliers"
    Stéfan GULAS et Pavol PEVNY
  2. "Sur la trace des Templiers dans le Var"
    Raymond Pierre GAY
  3. "Les mystères Templiers"
    Louis CHARPENTIER
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