Les Manuscrits de la Mer Morte, Qumran et les évangiles apocryphes

Source : Loty

Marc Bloc éminent historien et grand martyr de la résistance a écrit:
"L'histoire se déroule et se raconte dans le sens où s'écoule le temps, mais s'explique en faisant le chemin inverse ."

Un jeune bédouin de la tribu des Ta'amiré dont la chèvre s'était égarée dans les rochers brûlant de la Mer Morte, découvrit par hasard une grotte, où après s'être inséré avec difficulté, il trouva des jarres dans lesquelles dormaient, soigneusement emmaillotés de tissu de lin, des rouleaux de cuir. Ce jeune garçon en emporta deux spécimens. Ce jeune homme ignorait à cet instant, qu'il venait de mettre la main, sur la plus grande découverte archéologique du XX°siècle.

Cela se passait en 1947. Découverte on ne peut plus symbolique : ces documents furent enterrés dans des jarres en l'an 70 de notre ère à la destruction du temple de Jérusalem et réapparaissent à la surface, le jour de la déclaration de guerre des pays arabes, ligués contre la naissance de l'Etat d'Israël en mai 1948 soit presque 2000 ans plus tard.

Cette découverte donna lieu, pendant plus de cinquante ans aux plus grandes polémiques et querelles de savants de ces cent dernières années, agrémentées de rebondissements dignes du plus pur style du roman noir! La réalité dépassait la fiction !

Une autre version, moins poétique, celle de Mireille Bélis, chercheur à l'école biblique de Jérusalem, nous apprend que ce n'est pas en cherchant un chevreau égaré, que l'on découvrit, par hasard, les grottes de Qumran.
Il est important de noter, que de tout temps, dans cette contrée, se pratiquait un énorme trafic de contrebande, et que notre bédouin contrebandier cherchait à mettre son butin à l'abri…..la caverne d'Ali Baba en somme…..qui aurait probablement déjà été visitée dans le passé!
Là, j'ouvre une importante parenthèse:
Le I° rouleau de la Mer Morte (que l'on ne désignait pas encore sous cette appellation) fut trouvé au Caire dans la Synagogue caraïte de Ben Ezra,dont la Génisa, sorte de grenier ou dépotoir, étaient mis à l'abri les manuscrits jugés apocryphes ou détériorés, qui ne pouvait être détruits par le feu puisqu'il contenaient le nom de dieu. Son découvreur était Salomon Schechter, chargé d'enseignement du Talmud et de littérature rabbinique à l'université de Cambridge qui fit cette étonnante découverte au cours d'un voyage au Caire en 1897,soit un demi-siècle avant la découverte des grottes de Qumram.
La découverte de Schechter établit pour la première fois que l'Ecclésiaste, en hébreu Kohelet, le texte du Siracide avait bien été rédigé en hébreu à l'origine et était une œuvre juive datant du II°siècle avant notre ère : Cette version en hébreu de la Sagesse de Ben Sirat, livre que les catholiques intègrent dans la Bible, les Protestants et les juifs, dans les apocryphes.
La deuxième surprenante découverte de Schechter fut une copie d'un document : l'écrit de Damas ou fragment Sadocide, titre donné par les savants à ce document, document attribué à la secte de Qumran et qui donnait de précieuses informations sur cette population. Le début et la fin de ce document étaient manquants.
Schechter parlait d'une étrange fraternité juive datant de l'époque du Second Temple, inconnue, fortement structurée, vouée à une ardente piété, pratiquant la communauté des biens et croyant en la venue d'un Messie rédempteur.
Leurs différences doctrinales avec le judaïsme officiel, supposait-il, les poussèrent à se séparer de la masse de la nation juive. L'original de "l'écrit de Damas" fut trouvé cinquante ans plus tard dans la grotte n° 01 et ses importants fragments permirent de compléter et d'authentifier le texte qui fut trouvé au Caire 50 ans auparavant.
La publication de ces documents revint au père Joseph Milick faisant partie du groupe de recherche de l'école biblique de Jérusalem, qui après trente ans, n'était toujours pas parvenu à s'en acquitter et qui dans ce laps de temps avait quitté les ordres avec quatre rouleaux, les plus importants pour la compréhension du message ésotérique contenu dans l'ouvrage éssénien. Malgré toutes les recherches on ne retrouva trace ni des rouleaux ni du père Milick. Bien étrange !

Quels étaient les mystérieux habitants de Qumran?
Qui étaient les gens qui avaient participés à l'élaboration de ces rouleaux et pourquoi ?
Qui étaient les hommes qui ont fondé une communauté dans ce lieu, transcrits et déposés des textes sacrés pour disparaître ensuite de la scène de l'histoire ?


En 125 avant notre ère, le roi Antipas pris le pouvoir, aidé en cela par les occupants Séleucides, descendants grecs d'Alexandre le Grand. Pouvoir royal qu'Antipas ne pouvait assumer car n'étant pas descendant de la lignée du roi David, comme l'exigeait la loi d'élection instituée par les grands prêtres d'Israël et Moïse dans le désert du Sinaï lors de l'exode des hébreux fuyant l'Egypte.
Antipas nomma un grand prêtre du Temple de Jérusalem pour assumer le pouvoir spirituel, grand prêtre qui par tradition devait appartenir à la lignée des Zadokim, descendants de Aaron.
Zadoc, grand prêtre légitime, et ses adeptes se retirèrent au désert, pour attendre la résurrection de leur Maître de Justice, à la fin des temps.

Avant la mise au jour de leurs sites, les Esséniens avaient suscité l'intérêt de quelques auteurs de l'Antiquité.
Philon d'Alexandrie leur a consacré une notice dans son "Apologia pro Judaeis", qui se trouve reprise dans la "Préparatio évangélica" d'Eusèbe de Césarée.
Flavius Joseph mentionne les Esséniens notamment dans la Guerre des Juifs et dans les Antiquités judaïques. Pline l'ancien les cite dans son histoire naturelle et Hippolite de Rome dans la réfutation de toutes les hérésies.
Tous ses auteurs décrivent les Esséniens comme une communauté recherchant une grande pureté spirituelle et physique, à l'image du peuple hébreux au désert, symbole de ressourcement! Il est intéressant de constater que dans les Evangiles l'ont ne fasse pas allusion aux Esséniens, alors que les Pharisiens y sont souvent pris à partie !
Pour Pline l'ancien, les Esséniens sont des ermites célibataires vivant "en la seule société des palmiers" correspondrait géographiquement à celle de Qumran, vestiges d'une importante implantation humaine, trouvés au bord de la Mer Morte.
Flavius Joseph les considère comme une sorte d'ordre monastique ou adeptes d'une religion à Mystères, probablement héritage du séjour babylonien d'une partie du peuple hébreu déporté par le roi Nabukodonozor. Les postulants étaient soumis à une période d'essai de trois années, l'équivalent d'un noviciat, avant d'être reçus définitivement dans la Communauté.
Les Esséniens nous dit Flavius Joseph, sont versés dans l'étude des livres de la Bible et dans l'enseignement des Prophètes.

Ils connaissaient l'art de la divination et prédisaient l'avenir grâce à l'étude des textes sacrés et à la pratique de la purification. Leur âme immortelle est prisonnière de leur corps, enveloppe mortelle et périssable. A leur mort "leur âme délivrée regagne avec joie les régions supérieures".
Joseph insiste sur la ressemblance de leurs préceptes avec ceux de l'école pythagoricienne. L'historien insiste aussi sur leur stricte observance de la loi de Moïse.
Philon fait un parallèle entre les Esséniens de Qumran et la secte des Thérapeutes vivant au bord du lac Maréotis à Alexandrie d'Egypte. Ce qui signifierait que la secte des ésséniens était disséminée au travers du pays que les Romains lors de leur conquète avaient nommé la Palestine ou pays des Phillistins. De l'occupation romaine date cette appellation.

Les Esséniens sont issus de l'image stéréotypée qu'ont laissé d'eux ces trois auteurs, image agrémentée du mysticisme et du romantisme répandu par les écrivains du l9° et début du 20° siècle, affirmant que les Esséniens étaient un groupe pacifiste adonné uniquement à la prière et à la méditation.
On est surpris de découvrir parmi les manuscrits de Qumran le fameux rouleau de la Guerre, qui étonna les exégètes chargés de les décrypter.

En 1952, découverte d'une deuxième grotte. Le chef de l'expédition est le père Roland Devaux, directeur de l'école biblique de Jérusalem, à l'époque sous autorité jordanienne. Cette grotte répertoriée grotte n °4 contenait de très nombreux rouleaux plus ou moins en bon état, ainsi qu'un étrange rouleau de cuivre scindé en deux parties par l'oxydation.
Après bien des vicissitudes et un voyage vers une université anglaise, la technique perfectionnée du découpage permit de déchiffrer le contenu du texte de ce rouleau de cuivre. L'on appris avec stupéfaction l'énumérer des trésors du Temple de Jérusalem, avec l'étonnante nomenclature des différentes caches contenant plusieurs tonnes d'or et d'argent dissimulées avant la prise de Jérusalem par les romains, en l'an 70 de notre ère… Déjà les fonds en déshérence, en somme !
En 1952, un communiqué très laconique paru dans une revue spécialisée, la revue biblique, éditée par le père Devaux.
Cette revue informait le monde des exégètes de l'extraordinaire découverte de documents inespérés qui, à la réjouissance du monde scientifique, devait apporter un éclairage nouveau sur cette période très controversée qu'était la naissance du Christianisme.
Que contenaient les documents ?
On distingue 9 types de textes dans les manuscrits:

  1. Les Messianiques et Visionnaires, dont le manuscrit le plus représentatif est "La nouvelle Jérusalem" attribué au prophète Ezéchiel, qui se réfère à une apocalypse imminente.
  2. Les textes inédits de prophètes connus et des textes rédigés dans le style de la Bible (les Apocryphes).
  3. Les exégètes bibliques, commentaires et révisions du Testament, rédigés dans l'esprit spécifique de ce groupement juif.
  4. Les textes dits calendaires et gardes sacerdotales, système de calendriers et prescriptions sur la rotation des prêtres à certaines tâches (les Esséniens avaient adopté le calendrier solaire alors que le peuple d'Israël fonctionnait sur le calendrier lunaire.)
  5. Les testaments et admonitions que l'on peut définir comme textes de sagesse considérés comme Justice, c'est à dire permettre au fidèle d'assurer son Salut.
  6. Les Psaumes et Mystères.
  7. Le rouleau de la Guerre, où certains principes guerriers nous étonnent et prouvent que cette Communauté n'était pas indifférente aux événements politiques et militaires qui se déroulaient dans cette région, sous occupation romaine, comme la version officielle a bien voulu nous le faire accroire.
  8. Les textes sur la divination, la magie, l'astrologie et l'occultisme en général que ce groupe prisait fort. Plusieurs rouleaux étaient codés, c'est à dire écrit en langage kabbaliste comme l'Apocalypse de Jean par exemple, où la Guématria, manipulation des nombres, est très importante dans ce texte que l'on peut décrypter au travers de la connaissance de la Kabbale juive.
Jusqu'à plus ample informé, aucun de ces manuscrits ne cite le nom de Jésus. Toutefois le caractère d'un personnage, assez énigmatique, le Maître de Justice peut évoquer et préfigurer celui de Jésus. Les manuscrits de la Mer Morte présentent donc un intérêt considérable pour les historiens des religions et les historiens généraux. Ils éclairent un aspect toujours obscur de la naissance du Christianisme et de la vie spirituelle et politique du peuple juif dans les provinces romaines de la Palestine, du 1°siècle jusqu'à la destruction du Temple de Jérusalem par les troupes romaines en 70 de notre ère.

Le nombre incalculable d'écrits datant de cette période nous permet de constater que ce fut une période prolifique et pleine d'effervescence spirituelle pour le peuple juif : la preuve de la vitalité de la pensée juive et de sa vie spirituelle qui fut contesté par le christianisme paulinien.
Par contre aucune trace historique écrite concernant le Christianisme ! Le plus étonnant c'est que le témoignage écrit des MM, qui par sa datation se situe exactement dans la période du postulat d'un nommé Jésus dont le nom ne figure dans aucun des 800 rouleaux trouvés et dans aucun écrits de l'époque.
Comment le personnage de Jésus peut-il être ignoré s'il a eu l'impact extraordinaire que les évangiles nous rapportent ?
Comment ce personnage dont les faits et gestes ont été magnifiés pouvait-il être ignoré d'une secte qui vivait à 30 km de Jérusalem et qui avait des adhérences et représentations au travers de toute la Palestine ainsi que dans tous les pays limitrophes (Syrie, Egypte, ex. )
Aussi étrange que cela paraisse, ces manuscrits rédigés en langue hébraïque sacerdotale et en araméen, langage courante, donc textes écrits par des juifs pour des juifs, furent interdits d'approche aux exégètes juifs qui voulurent les consulter !
Il faut savoir que l'école biblique de Jérusalem est l'émanation de l'ordre des Dominicains et dépend directement de l'autorité de Mgr Ratzinger, qui au Vatican dirige au titre de Préfet la Congrégation pour la doctrine de la foi . Cette institution ne date que de 1965, mais ses origines remontent au XIII° et était connue sous l'appellation du Saint Office ou la terrible Inquisition.
Il est intéressant également de constater que le ministère de Mgr Ratzinger dépend directement de l'autorité du Pape, sans intermédiaire.
Le degré d'intervention de l'église catholique dans les recherches qumraniennes ne peut qu'éveiller les soupçons. Peut-on ignorer la possibilité d'une relation de cause à effet entre cette intervention et le gâchis de cette affaire qui a consistée pendant des décennies en une rétention et une non-publication de documents essentiels appartenant à toute la communauté scientifique internationale.
Une idée s'impose : les intérêts en jeu dépassaient les simples préoccupations de réputations scientifiques : le Christianisme était mis en cause dans ce qu'il a de plus spécifique : son dogme.
Depuis la découverte des premiers manuscrits, une seule question hante les esprits, provoquant curiosité et anxiété : ces textes trouvés si près de la source, jamais divulgués, à l'inverse du Nouveau testament, ouvrent-ils de nouvelles perspectives sur les origines du Christianisme, sur l'Eglise primitive de Jérusalem sur Jésus lui-même ?
Contiennent-ils des choses compromettantes, quelque chose qui remet en cause la Tradition ?
Les découvertes des documents de Nag Amadi, dans la région du Fayoum en Egypte (évangiles gnostiques trouvés en 1945, l'évangile de Thomas, de Barnabé et de Marie) confirmeraient les manipulations des Evangiles . (Je vous enjoins particulièrement de lire "L'évangile de Marie" traduit par le père Leloup qui, a mon humble avis est particulièrement révélateur et serait un précieux apport à la thèse du mariage des prêtres).
Tous les documents de la grotte n04 en provenance de Qumran furent confisqués par les chercheurs de l'école biblique qui n'avaient pas particulièrement qualité universitaire pour les étudier.
Depuis presque quarante cinq ans et malgré les nombreuses injonctions que la communauté scientifique internationale adressa vainement à l'école biblique, une fin de non recevoir lui fut toujours opposée.
Jusqu'à ce jour les 3/5 des manuscrits ont été publiés. Le directeur de l'école biblique prétexta le long travail de reconstitution et de traduction des textes au vu de leur dégradation.
Aspect tout à fait concevable si nous étions au début du siècle ! Mais, avec les moyens techniques ultra sophistiqués qui sont mis à la disposition du monde scientifique, ce retard paraît pour le moins suspect.
Deux jeunes chercheurs américains nous en firent la démonstration il y a quelques années. Ils furent envoyés à Jérusalem par leur université respective auprès du père Strugnel, nouveau directeur de l'Ecole biblique à la mort du Père Devaux, et seul éditeur exclusif mondial de toute la publication de cette institution.
Ces deux savants furent à leur tour éconduits avec l'affirmation péremptoire du directeur, que jamais de leur vivant ils ne pourraient consulter les manuscrits ! Piqués au vif, et par des moyens peu orthodoxes, nos deux chercheurs piratèrent certains documents qui leurs étaient indispensables pour leurs propres recherches et, grâce à l'informatique, réussirent à reconstituer certains éléments qui leurs faisaient défaut. La lecture à l'infrarouge ne fut pas négligée. Puis, par la suite, grâce à des lambeaux de cuir achetés à prix d'or à des marchands arabes de Bethléhem, furent reconstitués des rouleaux entiers au travers du code génétique de chaque morceau de cuir. Ce qui permit, en l'espace de deux ans de présenter au musée du livre de Jérusalem ces précieux documents augmentés du Rouleau du Temple, véritable Thora éssénienne.
Il est intéressant de connaître les péripéties qui accompagnèrent son achat effectué par le général Ygal Yadin, fils du grand archéologue israélien Sukenick :

A vendre : manuscrits bibliques datant environ du II°siècle av. notre ère Conviendraient parfaitement comme don, collectif ou individuel, à une institution religieuse ou universitaire.

Cette annonce parue dans le WalI Street Journal du 10 juin 1954, passerait aujourd'hui pour une plaisanterie douteuse ou un message codé destiné à masquer un trafic d'armes ou un fait d'espionnage.
Aujourd'hui, en effet les manuscrits de la Mer Morte sont suffisamment connus, au moins de nom. Même si la plupart des gens n'ont qu'une vague idée de la question, ils pressentent que ses rouleaux représentent une source d'une rare authenticité et une preuve archéologique d'une importance primordiale.
Le vendeur était le chef spirituel du monastère St Marc de Jérusalem qui avait acquit ce rouleau pour une bouchée de pain, auprès des Bédouins pilleurs de grottes et il espérait, par une négociation aux Etats-Unis, tirer le meilleur parti financier possible. Tous ses rouleaux se trouvent au Musée du livre de Jérusalem exposé au grand public, dans un superbe bâtiment, construit tout spécialement à cet effet.
Dans ces conditions, le silence presque total de la part des détenteurs des manuscrits de l'école biblique de Jérusalem paraît pour le moins gênant, pour ne pas dire davantage. Et l'on se sent bien dans l'obligation de se poser des questions quant au pourquoi d'une rétention de documents aussi longue.
Ce questionnement s'est produit au travers de la grande presse internationale en 1993 après que nos deux chercheurs eurent publié le résultat de leurs travaux, sans l'autorisation du directeur de l'école biblique qui se réservait l'exclusivité de toutes les publications sur les manuscrits.
Le scandale éclata grâce à l'intervention du directeur d'une revue biblique américaine dirigée par l'avocat Shanks. Après plusieurs demandes réitérées adressées au nouveau directeur, le Révérend père Srugnel, Monsieur Schanks fut à nouveau éconduit. Le père Strugnel donna à cette occasion une interview à un journal israélien, affirmant que le Judaïsme était une horrible religion et que le peuple juif, par sa survie, prouvait son entêtement dans l'erreur puisqu'il refusait de se convertir au Christianisme ! Et il ajoutait qu'il n'aurait pas été en peine de la disparition de l'état d'Israël. Le Père Strugnel fut relevé de ses fonctions, deux ans plus tard…pour éthylisme profond.
Les manuscrits, œuvres juives, à la disposition de gens si mal intentionnés par rapport au Judaïsme, comment pouvait-on croire à l'impartialité de tels traducteurs qui, en plus, n'avaient pas les compétences nécessaires à une telle recherche.
Je vais essayer de vous livrer les passages qui m'ont le plus intéressé dans les 30 livres que j'ai lus à cet effet, tous documents historiques irréfutables et non théologiques, ne voulant pas entrer dans ce débat ! Plus de 2000 livres et revues furent publiés dans cette période de cinquante ans, et les romans de fictions firent florès, mais aussi étrange que cela paraisse, trois parmi ces deux mille livres furent très méchamment attaqués par les exégètes chrétiens:
D'abord la parution de DUPONT-SOMMERS professeur à la Sorbonne et le seul laïc à être autorisé à travailler sur les manuscrits. Il publia son livre en 1954, livre très controversé à l'époque, car DUPONT - SOMMERS faisait la démonstration de l'origine du Judaïsme dans le Christianisme.
A l'instar d'Ernest Renan qui au cours d'une conférence chahutée en Sorbonne s 'écriait déjà, au XIXème siècle "Le christianisme c'est l'Essénisme qui a réussi"
Le deuxième est l'Anglais, Edmond Wilson journaliste scientifique dont l'intégrité morale qu'il avait déployée dans de précédentes recherches ne pouvait être mise en doute.
Le troisième est John Allégro qui fut écarté de la recherche sur les Manuscrits sous le prétexte que ces conclusions n'allaient pas dans le sens souhaité par le consensus de l'école biblique. Je précise que John Allégro était un éminent philologue et c'est lui qui fut chargé de décrypter le fameux rouleau de cuivre dont les conclusions de son travail le rendit suspect aux yeux du consensus de l'Ecole biblique.
Ces trois érudits affirmaient tous trois :
  1. que toutes les paraboles contenues dans les Evangiles existaient avant dans le Judaïsme et faisaient partie intégrante de l'enseignement pharisien !
  2. que le Maître de Justice étant décrit dans les manuscrits, aurait pu servir de modèle au personnage de Jésus dans les Evangiles.
  3. que l'attente de la résurrection et de la Bonne nouvelle dont nous parlent les Evangiles, existait un siècle avant le Christianisme parmi ce groupe juif dissident qui se retira au bord de la Mer morte pour attendre sa résurrection à la fin des Temps. Gène des milieux chrétiens qui par ces preuves écrites, donc documents historiques irréfutables, attestaient de l'antériorité de cette croyance essénienne au christianisme.
Il existe pourtant de nombreux points communs entre les textes qumraniens et ceux de l'Eglise primitive. Certains parallèles sont même flagrants, comme on va le constater plus loin.
Pas autre chose que se qu'affirmaient Dupont-Sommer,Jean Carmignac John Allégro, Edmond Wilson et bien d'autres qui furent écartés de la recherche par manque d'esprit de ralliement à la ligne de conduite et de pensée de l'école biblique.
La communauté de Qumran pratiquait un rite proche du baptême, premier sacrement des Chrétiens. Jean le baptiste a probablement appartenu au groupe des Esséniens de Qumran.
Selon l'un des manuscrits intitulé la Règle : c'est par l'esprit saint de la Communauté, dans sa vérité que le novice sera purifié de toutes ses iniquités... Et c'est par l'humilité de son âme à l'égard de tous les préceptes de Dieu que sera purifiée sa chair, lorsqu'il sera aspergé d'eau lustrale.
Par ailleurs, il est écrit dans les Actes des Apôtres, que l'Eglise primitive partage tout : tous les croyants ensembles mettaient tout en commun; ils vendaient leurs biens et partageaient selon les besoins de chacun. Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple.
Curieuses coïncidences!
On retrouve le même état d'esprit dans le rouleau de la Règle de Qumran! La nécessité de partage et de fraternité ainsi que de fidélité au culte du Temple; et par-dessus tout, le respect scrupuleux de la Thora ou lois de Moïse.
D'après les Actes des Apôtres, la première Ecclésia de Jérusalem était dirigée par les douze Apôtres dont trois exerçaient une autorité particulière : Jacques frère de Jésus, Jean et Pierre.
Ceux que les Evangiles désignent comme les Nazaréens.
Parmi les termes utilisés par les scribes de Qumran pour désigner les membres de la communauté, on trouve très souvent celui de "gardien de l'Alliance", en hébreu NOZREI HA-BRITT.C'est de ce mot que vient NOZRIM, l'une des premières dénominations hébraïques pour la secte connue plus tard sous le nom de "chrétiens";NAZRANI, qui signifie chrétien en arabe est de même source. Cette étymologie éclaire l'origine du mot "nazaréen", par lequel se désignent les premiers chrétiens, à la fois dans les Evangiles et dans les "Actes des Apôtres.
Ce qualificatif n'aurait rien à voir avec une prétendue enfance de Jésus à Nazareth. Cette ville n'existant pas à l'époque. Or on lit dans la règle de la Communauté que le conseil est composé de 12 hommes et 3 prêtres. Enfin la Communauté de Qumran et l'Eglise primitive étaient essentiellement messianique : elles attendaient l'une et l'autre l'avènement imminent d'un Messie. Toutes deux se réclamaient d'une figure charismatique dont la personnalité les galvanisait et dont l'enseignement formait le fondement de leur doctrine.
Pour l'Eglise primitive cette figure est Jésus, et dans les textes de Qumran on trouve la mention du Maître de justice ou Morey ha Zcédek. Certaines descriptions semble se référer à Jésus et plusieurs savants ont émis l'hypothèse d'une assimilation au personnage du Maître de justice. Mais à l'inverse des Evangiles, le Maître de justice des écrits qumraniens n'est pas une personne divine et cette pensée était inconcevable dans l'esprit juif, même d'un groupe dissident du judaïsme officiel et sacerdotal. Si les manuscrits qumraniens et les textes de la première Eglise présentent des principes, des idées, des rites communs, la ressemblance est plus frappante encore quand aux images et aux vocabulaire employés dans l'Evangile de Marc, qui apparemment est le plus ancien et le plus proche de la période de Qumran " Bien heureux les doux, " dit Jésus dans l'un des versets les plus célèbres du Sermon sur la montagne, " car ils posséderont la terre. Mais les humbles posséderont la terre réjouis d'une grande paix ".
Ce psaume présentait un intérêt particulier pour la Communauté de Qumran car la Communauté se proclamait elle-même la congrégation des Pauvres ;en hébreux "les Ebionim". Jésus d'après les Evangiles, proclame dans son sermon sur la montagne "heureux ceux qui ont une âme de pauvre car le royaume des cieux est à eux ".Quel révolutionnaire !
Ce n'est pas le seul parallèle. Tout l'Evangiles de Matthieu contient des métaphores et un vocabulaire presque interchangeables avec le Rouleau de la Règle. Ainsi dans Matthieu, Jésus parle de la Perfection : " Vous donc vous serez parfait comme votre père céleste est parfait "
Le rouleau de la Règle évoque "ceux qui marchent dans la voie de la Perfection selon ce que Dieu a prescrit ". La Règle commence par ces mots : "Le Maître instruit les Saints pour qu'il vivent selon la Règle de la Communauté; pour rechercher Dieu...et pour faire ce qui est bon et droit devant Lui, selon ce qu'il a prescrit par l'intermédiaire de tous les Prophètes. Et celui qui transgressera un point quelconque de la Loi c'est à dire l'enseignement de la Thora de Moïse, sera chassé du conseil de la Communauté ". En fait Jésus réaffirme sa stricte observance de la Loi mosaïque.
Toujours dans le Sermon, Jésus déclare "n'allez pas croire que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes, je suis venu l'accomplir. Car je vous le dis, en vérité, avant que ne passe le ciel et la terre pas un I, pas un point ne passera de la Loi ".
La similitude entre les documents de Qumran et les Evangiles se retrouve également dans le repas de la Cène, ce qui en hébreu est le repas du Seder, que les Juifs du monde entier font en commun pour commémorer la sortie du peuple juif d'Egypte, repas qui est symbole de libération de l'esclavage auquel le peuple hébreu était soumis par les Pharaons d'Egypte.
Le déroulement de la Cène, tel qu'il est décrit dans les Evangiles présente de nombreuses similitudes avec le repas rituel de la Communauté de Qumran : " Ils disposeront la table pour manger. Le prêtre étendra en premier sa main pour que l'on prononce la bénédiction sur les prémices du pain et du vin." La Règle communautaire en donne une version similaire:
" Quand ils se réuniront pour la table et mêleront le boire, que personne n'étende sa main sur les prémices du pain et du vin avant le prêtre…et ensuite le Messie d'Israël étendra ses mains sur le Pain. "
Je pourrais citer beaucoup d'autres similitudes, mais je vous laisse le soin de les découvrir vous-même au travers de la très nombreuse bibliographie dont je tiens la liste à votre disposition.
Les manuscrits de la Mer Morte ne sont pas un livre contemporain qui expose une thèse controversée. C'est un témoignage direct, étayé par le sérieux de la recherche scientifique et l'érudition du XX siècle sur des documents enfouis il y a 2OOOans.
En somme l'histoire des MMM n'est pas terminée. De nombreux rouleaux restent encore à décrypter…et d'autres ont mystérieusement disparus, en particulier certains de ceux qui pourraient participer à la compréhension de l'héritage pharisiens rabbinique dans le Christianisme naissant.
Certains journalistes, après enquête approfondie, prétendent en connaître les propriétaires. Ce seraient des hommes d'affaires du Moyen-Orient qui préfèrent les Rouleaux comme moyens de placements, plus sûrs que des actions en bourse. Quant aux autres rouleaux manquants, le doute plane toujours ! Ainsi ce marché parallèle soustrait à l'examen des archéologues et des biblistes quantité de documents-clé. En fait les chercheurs officiels ne soupçonnent pas l'ampleur du trafic qui a privé la communauté scientifique internationale de pièces capitales permettant la progression de leurs études.
Les textes de Qumran sont-ils en contradiction avec ce qui peut être cher aux Chrétiens ?
Militent-ils contre le caractère "unique " de Jésus ? Une bonne réponse est sans doute celle du savant jésuite Joseph Fitzmyer dans son petit ouvrage "Réponse aux 101 questions sur les rouleaux de la MM(Londres 1992) :
:Que le Maître de justice ait enseigné quelque chose de proche de ce que Jésus a enseigné, écrit-il, ne doit pas troubler un chrétien averti, un chrétien dont la foi échappe à toute tendance fondamentaliste ! ...
C'est bien le fond du problème. C'est reconnaître en même temps que les textes de Qumran peuvent inquiéter une foi chrétienne fondée sur la présentation traditionnelle des Evangiles comme rapportant les faits et gestes de Jésus. Certes, les Chrétiens ne refusent nullement d'admettre que le Christianisme soit sorti du moule du Judaïsme. Mais chez nombre d'entre eux on trouvera, comme l'a écrit E. Wilson, quelque réticence à accepter l'idée que les principes moraux et la mystique des Evangiles puissent s'expliquer simplement comme la création de plusieurs générations de Juifs travaillant selon leur propre tradition religieuse et qu'il n'est pas nécessaire de supposer le miracle de quelque intervention divine pour sauver la race humaine.
Le regard ne compte pas moins ici que la chose regardée ! Pour tous ceux qui souhaitent comprendre et mieux connaître les conditions dans lesquelles est né le christianisme, il y a 2000 ans, pour ceux qui ont le goût de l'histoire et de la vérité historique, dans la mesure ou elle peut être approchée, les textes de Qumran apportent avec une documentation naguère encore inespérée, un extraordinaire éclairage sur une période obscure et l'une des plus dramatique de l'histoire de l'humanité.
Il y a q.ques années, me trouvant à Jérusalem, j'ai voulu faire mon petit détective auprès de personnes que je pensais être accréditée à répondre à une question qui me paraissait brûlante : pourquoi le gouvernement israélien, devenu autorité de tutelle, après la guerre des six jours et la réunification de Jérusalem, n'a-t-il pas fait pression sur la direction de l'école biblique pour obtenir un libre accès aux documents jalousement détenus par cette institution?
Au risque de vous étonner, la réponse m'est venue par un communiqué laconique, au cours de l'énoncé d'un bulletin d'information à la radio, alors que j'écoutais distraitement : en Mars 1995 annonçait le chroniqueur, le Vatican reconnaissait officiellement l'existence de l'état d'Israël, longtemps après que cet état ait été officiellement reconnu par le concert des Nations, en 1948.
Et je compris qu'Israël avait fait profil bas pendant toute cette affaire, parce que politiquement, il était préférable d'être reconnu par quelques millions de Chrétiens.

Le silence d'Israël sur les documents de la MM était la monnaie d'échange de la reconnaissance à son existence politique, par le Vatican.
A l'instar de notre bon roy Henry IV le dit un jour :
Jérusalem valait bien une messe !

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