Bruno d'Eguisheim-Dagsbourg (1002-1054)

Pape sous le nom de Léon IX de 1049 à 1054

Bruno d'Eguisheim-Dagsbourg est né vers 1002 à Eguisheim, près de Colmar. Il est issu d'une famille noble qui donna plusieurs saints à l'Eglise ainsi que plusieurs seigneurs dans l'empire Germanique. Son père, Hugues était un cousin direct de l'empereur Konrad(1).

Dès sa plus tendre enfance, il donna les signes d'un esprit brillant. A peine âgé de 5 ans, il fut confié à Berthold, évêque de Toul(2) qui dirigeait une école pour les enfants de la noblesse.
Un jour, alors qu'il était encore enfant et qu'il séjournait dans sa famille, il fut attaqué par un animal sauvage qui le blessa gravement et le laissa longtemps entre la vie et la mort. Il raconta par la suite qu'il eut une vision de Saint Benoit et que celui-ci le guérit en touchant ses blessures avec une croix. Cette anecdote est rapportée par le moine Wibert, qui fut son biographe lorsqu'il occupa le siège épiscopal de Toul.

En 1017, il devint chanoine de la cathédrale Saint-Etienne de Toul et bien qu'il fut encore très jeune, il exerça une influence apaisante sur le caractère colérique et emporté de l'évêque Hermann(3), successeur de Berthold. En 1024, lorsque Konrad succèda à l'empereur Henri Ier, ses parents l'envoyèrent à la cour du roi pour servir dans sa chapelle. Rapidement sa vertu le fit remarquer et ses compagnons lui attribuèrent le surnom de de "Bruno le Bon".
En 1026, Konrad entama une campagne militaire en Italie et c'est Bruno, qui était alors diacre, qui commanda le contingent venant de Toul à la place d'Hermann, trop vieux pour participer à cette campagne. Alors qu'il était engagé dans cette campagne, il fut élu au siège épiscopal pour succéder à Hermann qui venait de mourir. Mais Konrad, qui avait pour lui des ambitions plus importantes hésita longtemps avant d'accepter cette nomination. Consacré en 1027, Bruno dirigea le diocèse de Toul pendant une vingtaine d'années, à une période très troublée. Il dut lutter non seulement contre la famine, mais également faire face à la guerre qui menaçait continuellement Toul, ville frontière de l'Empire.
Envoyé par Konrad auprès de Robert le Pieux, il parvint à établir la paix de façon tellement forte entre le jeune royaume de France et l'Empire Germanique que celle-ci n'en fut pas troublée pendant plusieurs dizaines d'années.

le pape Léon IX

En 1048, à la mort du pape Damase II(4), les romains demandèrent à l'empereur Henri III de leur donner comme pape Halinard, Archevêque de Lyon ou Bruno de Toul. Les romains avaient pour ces deux pesonnages une haute estime due à leurs actions et leur comportement lorsqu'ils s'étaient rendus en Pélerinage à Rome.
Henri se décida pour Bruno qui faisait tout ce qu'il pouvait pour éviter l'honneur que son souverain voulait lui imposer. Mais à la longue, il s'inclina devant l'insistance de l'empereur et des Romains. Lorsqu'il arriva à Rome, accompagné d'Hildebrand il fut acclamé à l'unisson par le peuple. Prenant le nom de Léon, il fut solennelement intronisé le 12 février 1049. Avant de pouvoir faire quoi que ce soit pour la réforme de l'Eglise, il dut d'abord se défendre contre Benoit IX(5) qui tentait de remonter sur le trône pontifical et ensuite il dut remettre en ordre les finances du Vatican qui furent mises à mal par ce même Benoit IX. Il confia cette dernière tâche à Hildebrand.

Une fois ces choses réglées, il entama ses travaux de réforme de l'Eglise qui marqueront les siècles à venir. En avril 1049, il convoqua un synode aucours duquel il condamna solennelement les deux grands maux du moment : la simonie et le nicolaïsme.
Il entama alors une série de voyages au travers de l'Europe pour promouvoir cette réforme qui se mettait en marche. Il quitta Rome au mois de mai et tint son premier concile à Pavie. Il se rendit ensuite en terre germanique et s'installa à Cologne où il rejoignit l'empereur Henry III. Malgré la réticence du roi de France Henri 1er de le voir arriver dans son domaine, Léon IX se rendit à Reims où il tint à nouveau un synode important auquel furent même conviés les évêques et abbés d'Angleterre. Sur la route de retour vers Rome, il tint un dernier synode à Mainz (Mayence) et rencontra Adalbert, archevêque de Brême pour discuter du rassemblement des églises des pays scandinaves en un patriarcat unique dont le siège se trouverait à Brême.

En janvier 1050, Léon retourna à Rome pour repartir presque immédiatement vers l'Italie du sud où les souffrances de son peuple, oppressé par les Normands, l'appellaient. Après avoir subi les remontrances sévères du Pape, les Normands promirent de se retirer. Après un dernier concile tenu à Spoleto, le pape rentra à Rome, mais les Normands en profitèrent pour recommencer leurs exactions comme auparavant. De retour à Rome après un nouveau voyage transalpin qui le mena à Toul et en Allemagne, Léon IX prit possession des terres de Benevent, que ses habitants, fatigués des incessantes incurions ennemies, remirent entre ses mains. Alors qu'il se trouvait dans cette ville, en avril 1051, Léon dut à nouveau prodiguer d'énormes efforts pour contenir les excès des Normands dont un grand nombre fut massacré par les Lombards. Réalisant alors que plus rien ne pouvait calmer la fureur des Normands survivants, Léon rentra se réfugier à Rome.

La question normande fut désormais constament présente dans l'esprit du pape. Sans cesse persécutés et oppressés par les Normands, les habitants du sud de la péninsule ne cessèerent pas d'implorer l'aide du pape. Les Grecs, menacés d'être expulsés de la péninsule par ces mêmes Normands demandèrent à Léon IX de coopérer avec eux contre ce fléau commun. Bien qu'il ait demandé en vain de l'aide de tous les côtés, il essaya encore une fois en 1052 de servir de médiateur pour que la paix revienne au plus vite, mais là encore sans succès.
Il commença à penser que la seule solution serait la voie des armes. A ce moment, une ambassade hongroise arriva à Rome pour demander au pape de servir d'intermédiaire pour que la paix soit signée entre eux et l'empereur. Mais celui-ci, certain de sa victoire, n'accepta aucune des propositions du pape. Et bien qu'il ait promit au pape de lui donner un contingent pour sa lutte contre les Normands, Henry III retira cette promesse et laissa le pape rentrer en Italie avec les quelques soldats que sa famille lui avait envoyé. En mars 1053, Léon IX est de retour à Rome. Voyant que la situation des états du Sud est pire que jamais, il décida de lever un maximum de troupes auprès des princes italiens, et, déclarant la guerre aux Normands, il tenta de faire la jonction avec l'armée byzantine. Les normands réussirent à défaire d'abord les grecs avant leur jonction avec le pape et ensuite ce dernier à Civitella en juin de la même année. Après sa défaite, Léon se livra à ses ennemis, mais ceux-ci le traitèrent avec respect et considération et se déclarèrent eux-mêmes les soldats du pape.

Bien qu'il ait gagné plus dans la défaite que dans une éventuele victoire, Léon IX se retira à Bénévent, le coeur brisé. Les morts de Civitella hantèrent pour toujours son esprit. Il fut aussi profondément troublé par l'attitude de Michael 1er Cerularius(6). Cet ambitieux prélat était déterminé à n'avoir aucun supérieur hiérarchique, ni dans l'Eglise ni parmi les Etats. Dès 1042, il fit biffer le nom du pape des diptyques sacrés et commença bientôt à attaquer l'Eglise Catholique à cause de l'utilisation de pain azyme pour le sacrifice de la messe. Par la suite, il fit fermer de la manière la plus barbare possible les églises romaines de Constantinople.
Au début de l'année 1054, Léon IX envoya à Constantinople deux importants prélats, Humbert de Moyenmoûtier et Frederik de Lorraine, porteurs de lettres pour le patriarche et aussi pour l'empereur byzantin. Sa mort survenue au printemps 1054 l'empêcha de connaître les résultats de cette embassade qui conduisit les deux prélats à excommunier Michael Cerularius et acheva de consommer la fracture entre les deux églises.

Après la bataille de Civitella, Léon IX ne retrouva jamais entièrement ses esprits. Son état empira jusqu'à provoquer une maladie mortelle. En mars 1054, il fut ramené à Rome où il rendit l'âme et fut enseveli dans l'Eglise Saint-Pierre.

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Notes :
(1) Conrad II le Salique, né vers 990 et mort le 4 juin 1039 à Utrecht. Roi des Romains en 1024, il est couronné empereur romain germanique le 26 mars 1027
(2) Evêque de Toul de 995/996 à 1019.
(3) Evêque de Toul de 1016 à 1027.
(4) Poppon de Brixen, pape sous le nom de Damase II ne règna que pendant 23 jours, du 17 juillet au 9 août 1048.
(5) Théophylacte de Tusculum, pape sous le nom de Benoit IX, montera sur le siège pontifical à trois reprises : du 21 octobre 1032 à septembre 1044 ; du 10 mars 1045 au 1er mai 1045 et du 8 novembre 1047 au 16 juillet 1048.
(6) Michel Ier Cérulaire (en grec : Μιχαήλ Α' Κηρουλάριος, né à Constantinople vers 1000, mort le 21 janvier 1059), fut patriarche de Constantinople du 25 mars 1043 au 2 novembre 1058. Il est un des acteurs de la rupture entre les Églises de Constantinople et de Rome en 1054 (Grand Schisme d'Orient).


pour une bibliographie plus complète... Bibliographie
  1. "Histoire des Papes - de Saint Pierre à Jean Paul II"
    Editions Tallandier - Historia 2000

Plus de ressources sur le Web... Sources sur Internet
  1. "Wikipedia - l'encyclopédie libre"
  2. "New Advent - The Catholic Encyclopedia"
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