La Commanderie de La Romagne

Contributeur : Yvette Quenot et Xavier Quenot

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France, département de la Côte d'Or

France, département de la Côte-d'Or, à environ 50 km au nord-est de Dijon, 35 km au sud de Langres, commune de Saint-Maurice sur Vingeanne.

Vers 1050 le Chevalier Herembert donne à l’abbaye de Bèze des terres situées à Saint-Maurice et à la Romagne.
Telle est à ce jour, semble-t-il, la première mention écrite du lieu de la Romagne : on la trouve dans la Chronique de Bèze, ouvrage rédigé au 12ème siècle.
La même Chronique de Bèze mentionne la donation d’une terre de la Romagne, faite aux moines de l’abbaye en 1101, par Hugues, dit "le Rouge" et sa femme, Reine.
Or, en 1144, il apparaît que la Romagne n’appartient plus à l’abbaye de Bèze mais aux frères de la Milice du Temple.
Jean de Courchamp leur fait une donation de terres, champs et prés, en présence des Seigneurs voisins qui l’approuvent.

Durant le 12ème et le 13ème siècles, les donations vont se succéder. Nombre d’entre elles sont conservées aux Archives Départementales de la Côte d’Or.
Les dons étaient accordés aux Templiers par piété, souvent, ou pour le repos de l’âme d’un défunt ; ils étaient passés par devant des prêtres ou des évêques, solennellement remis aux frères, avec le consentement des membres de la famille ou du Seigneur suzerain.
Avec les terres, prés, droits, dîmes, étaient quelquefois donnés, et mentionnés, les hommes attachés au lieu cédé par le donateur.
On donnait aussi des bâtiments : des fours, des moulins, une église...

En 1167, l’évêque de Langres donne aux frères de la Romagne la moitié de l’église de Saint-Maurice, sans doute le bâtiment, à entretenir, et surtout la moitié du prélèvement qui, sous le nom de dîme, se faisait sur les récoltes de grain et de vin.
En 1227, c’est la dame Agnès de Saint-Maurice qui donne aux frères, avec l’accord de ses enfants, Jacques, Laurent et Elisabeth, le four et le moulin du village.

Un acte particulièrement intéressant, entre beaucoup d’autres, est dû à Guy de Vergy, seigneur au 12ème siècle d’une redoutable forteresse, le château de Vergy, située entre Dijon et Nuits, dont le duc de Bourgogne, Hugues III, avait tenté en vain de se rendre maître. En 1191, lors de la troisième croisade, Guy de Vergy donne à Dieu et aux frères de la milice du Temple de la Romagne, pour la rédemption de son âme et de celle de ses parents, une portion de terre qu’il possédait près d’Autrey, avec des pâturages et des bois ; il avait fait ce don d’abord pour trois ans, alors qu’il était sur le point de partir pour Jérusalem ; et pendant le siège de Saint-Jean d’Acre qui s’achèvera par la victoire des Croisés, en présence d’autres seigneurs parmi lesquels Eudes de Champlitte, Gautier de Sombernon, Calo de Grancey, Stéphane de Faverney..., il le rend définitif.

Parfois aussi, les templiers procédaient à un échange : de telle possession éloignée pour une autre, plus proche de la Romagne, par exemple. Ou bien ils procédaient à des achats : en 1271 Jean de Vergy, Sénéchal de Bourgogne, vend au précepteur et aux frères de la Romagne, tout ce qu’il avait : en la ville de Saint-Maurice-sur-Vingenne et en son finage, territoires et dépendances, en hommes et en redevances (...), tailles, justice et seigneurie haute et basse, maisons, terres en culture et incultes, prés, vignes, eaux, bois, cours d’eau et fief, et autres revenus, moyennant 200 livres viennois. (Résumé d’un inventaire établi au 18ème siècle par un archiviste des hospitaliers, successeurs des templiers).

Peu à peu le domaine de la Milice du Temple de la Romagne s’arrondit, s’élargit vers les villages voisins : Courchamp, Saint-Maurice, mais aussi Percey-le-Grand, Montormentier, Orain, Champlitte, Montigny...
Des transactions peuvent se révéler nécessaires pour délimiter les possessions : ainsi avec les moines de l’abbaye de Theuley.

Un certain nombre de templiers responsables de la Romagne, qualifiés selon la coutume, de Praeceptor ou de Magister, sont connus. Les voici dans l’ordre de leur succession :

  1. Humbert
  2. Guiard de Blondefontaine
  3. Guillaume li vafres
  4. Guido
  5. Humbert
  6. Hertaud
  7. Arnulphe
  8. Henry de Dole
  9. Hugues de Beaune

L’avant-dernier nommé, Henry de Dole, semble un personnage important. Il fut précepteur de la maison d’Uncey près Vitteaux ; puis on le voit, en 1267, présenté comme magister passagii et domus Templi Cabilonensis, "maître du passage et de la maison du Temple de Châlon" ; en 1274, on l’appelle "commendeour dou passaige et de Buires".
Cette charge de "commandeur du passage" est mal cernée mais laisse supposer des relations, à l’intérieur de l’Ordre, entre templiers d’Europe et templiers de la Terre Sainte.

Au début du XIVe siècle survient un événement capital : la fin de l’Ordre du Temple. Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel, le Roi de France, fait arrêter tous les templiers, accusés d’hérésie, d’idolâtrie et de sodomie, toutes accusations énormes à cette époque.

Que se passe-t-il ce jour-là à la Romagne ?
Aucun document, semble-t-il, n’existe encore sur ce sujet. Mais ce qui est sûr, les procès en témoignent, c’est que des templiers, passés par la Romagne, subirent des interrogatoires.
Voici quelques détails révélateurs sur ceux que subit un certain Gérard du Passage les 27 et 28 avril 1310 : il est sans manteau, la barbe rasée. Il déclare qu’il avait quitté l’Ordre de lui-même, cinq ans plus tôt, à cause des déviations qu’il y avait constatées. Il a pourtant été arrêté par les gens du Roi, comme templier.
Il n’accable pas ses anciens frères et dénonce les accusations fausses et inexactes dont on les accable.
On peut conclure de sa déposition qu’il a été reçu frère sergent du Temple en 1293, à Chypre où il est resté trois ans, qu’il a séjourné ensuite dans plusieurs maisons, dont celle de la Romagne, où il semble être arrivé vers 1297 pour une durée de deux ans environ.
Il explique qu’à sa réception dans l’Ordre il a bien craché sur la croix mais qu’il n’a agi ainsi que pour respecter son serment d’obéissance et qu’il a refusé de la fouler aux pieds. Il déclare encore "que jamais il n’a entendu parler de l’apparition, ou de l’adoration d’un chat introduit dans les chapitres, ni de l’oubli volontaire des paroles sacramentelles au Saint Sacrifice de la Messe, ni de l’absolution des péchés donnée par le Grand Maître" (le Grand Maître, n’étant pas ordonné prêtre, ne pouvait donner l’absolution).
Et, précise-t-il, c’est parce qu’il n’a pas voulu reconnaître l’idolâtrie des templiers, que le bailli du Roi à Mâcon l’a fait torturer.

Un système de répression judiciaire implacable est mis en place. Les biens des templiers sont saisis par les agents royaux. Un document des archives départementales, à Dijon, fait état d’un nommé Regnaut Grignart de Mussy, commis au gouvernement des biens des templiers de Bure et de la Romagne : il est daté de 1309.

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