La maison templière de Trèves

Contributeur : Claude Fox

Allemagne, land de Rhenanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz)

Allemagne, land de Rhenanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz), à environ 130 km au sud-ouest de Coblence et 50 km au nord-est de Luxembourg-ville, ville de Trèves.

Trèves (Trier en allemand) ancienne cité impériale romaine, centre économique important, lieu de pèlerinage ultrarégional aux reliques prestigieuses abondantes, siège d'un archevêché disputant le primat aux archevêchés de Cologne et de Mayence, « Sancta Treveris » présentait certainement beaucoup d'attraits pour l'ordre du temple.

Mais si l'ordre du temple s'est établi dès les premières années de son expansion dans les autres évêchés de la province ecclésiastique de Trèves (Metz 1133, Toul 1137, Verdun 1144), les archives restent muettes sur la date de l'établissement des templiers à Trèves.
A côté de cette implantation précoce dans les évêchés suffragants, d'autres arguments plaident en faveur d'une présence des templiers à la métropole de la province dans la première moitié du 12e siècle : les relations amicales entre Bernard de Clairvaux et l'archevêque Albero de Montreuil, le séjour de Bernard à Trèves, ainsi que celui du pape Eugène III en 1147 (venant d'ailleurs du chapitre général de l'ordre du temple à Paris), il faut cependant se rendre à l'évidence, il n'y pas de trace documentée de l'établissement des templiers à Trèves dans la première moitié du 12e siècle(1).

Une première mention consiste dans une note tout à fait marginale dans un acte de l'an 1180 concernant les biens, rentes et revenus du chapitre de la cathédrale de Trèves dans lequel les frères du Temple étaient obligés annuellement de verser la somme de 8 « Pfennige »(2). Ce bien étant grevé par une charge peut-on conclure par là, que leur implantation était due à la donation d'un bien du chapitre de la cathédrale?(3)

Suivent deux actes de l'année 1213 de l'archevêque Theoderich dans lesquels est cité comme témoin un certain Warner templarius.(4)

Dû peut-être aux redevances que les templiers devaient payer au chapitre de la cathédrale, les relations ont du s'être brouillées définitivement par la suite, puisqu'on retrouve ces deux mêmes parties en 1228(5) dans un litige concernant un pré sis à Wawern dans les alentours de Trèves.
Deux actes concernant ce procès nous sont parvenus. L'un daté du 14 juillet 1228 fait mention d'un certain «magistrum P. fratrem domus militie templi, provisorem domus templi apud Treverim ».
L'official de l'archevêché Thimar donne droit à la requête du chapitre de faire entendre des témoin et l'affaire est remise à quinzaine. Dans celui du 22 août 1228, Thimar accorde la propriété du pré au chapitre après l'audition des deux parties, une visite des lieux en présence de l'abbé de Villers et du chevalier Ludwig von der Brücke ainsi qu'une audition de témoin étant restées sans résultat et après que les deux parties en présence du maître provincial de la Lorraine avaient accepté ledit Thimar comme arbitre.

Le prochain acte du 17 avril 1242(5) concerne l'union des sept églises principales de Trèves pour agir contre les malfaiteurs contre les biens et personnes ecclésiastiques. Les Templiers et d'autres communautés religieuses sont invités à y participer.

En date du 7 novembre 1273(5) frère Martin, précepteur des templiers lorrains certifie qu'après paiement de 40 "Pfund Heller" par la ville de Trèves il considère que les dommages occasionnés aux propriétés de l'ordre par les fortifications près du pont ont été suffisamment dédommagés et qu'il demandera la ratification de cet accord auprès du Maître de France.

En mars 1285(5), les échevins Heinrich et Johann Centurio, le synodal Rodolph et la commune de Wavrin déclarent que le pré Rorin est la propriété exclusive de la maison templière de Trèves.

L'acte du 10 février 1299(5) nous informe que les époux Wilhelm et Elisabetha v. Lebach de Trèves vendent leur vignoble "Schilt" aux chevaliers de l'ordre teutonique à Trèves, obligeant ces derniers à payer des redevances (« Weinzins ») aux Templiers.

A part ces quelques actes, rien ne nous est parvenu des Templiers de Trèves. Si l'acte de 1242 nous laisse entrevoir peut-être un certain rôle de police, les autres actes ne nous renseignent guère sur le rôle joué par les Templiers dans la ville de Trèves. Reste à déterminer l'emplacement de la commanderie : elle se trouvait près du pont romain. Il n'y pas de vestiges qui nous sont parvenus.
Trois rues nous rappellent la présence des Templiers à Trèves : Tempelweg, Templerstrasse et Tempelherrnstrasse.

Il faut cependant aussi rappeler que Trèves a été le théâtre d'une enquête provinciale dans le cadre du procès contre le Templiers.
Le 12 août 1308, le pape Clément V avait chargé l'archevêque Baudouin de Luxembourg et les évêques suffragants de mener l'enquête contre l'Ordre du Temple dans la province ecclésiastique de Trèves. Si les actes de ce procès semblent avoir été perdus au cours de la révolution française, Lejeune(6) et Raynouard(7) confirment que dix-sept témoins furent entendus ; Raynouard nous donne encore la précision suivante : « L'information prise à Trèves justifia aussi l'ordre et les chevaliers, de dix-sept témoins qui la composaient, trois seulement étaient Templiers. »
Laurent Dailliez, sans révéler sa source d'une manière précise, nous indique les noms de ces Templiers : Charles, Frédrich et Oudo. Ils auraient été originaires de la maison du temple dans la cité de Luxembourg(8).
Les bulles papales concernant le procès à Trèves peuvent être consultées dans le recueil « Urkunden und Regesten zur Geschichte der Rheinlande aus dem Vatikanischen Archiv, Vol. 1 1294-1326»(9).
Cependant un autre document intéressant a passé les siècles. C'est le rapport (daté au mois de mai 1310) du synode provincial qu'a fait l'archevêque Baudouin au pape et qui nous fournit les détails suivants : furent absents les évêques de Metz (absence excusée) et de Toul (en Italie), de sorte que l'enquête eut lieu seulement en présence de l'évêque de Verdun, ainsi qu'en présence d'autres prélats et juristes. Selon ce rapport, il n'y aurait aucun Templier emprisonné par l'évéché respectivement par la ville de Verdun, à Toul un seul Templier aurait été emprisonné, tandis que les Templiers emprisonnés à Metz n'auraient pas pu être transporté à Trèves à cause de l'insécurité des routes. Seulement quelques Templiers seraient sous main de justice à Trèves.
Tous ces circonstances entraîneraient qu'il ne pourrait ni acquitter ni condamner les Templiers.(10)

On trouve également des traces de Templiers ayant servi à Trèves dans le livre de Michelet(11). Le frère sergent Gérard du Passage, originaire du diocèse de Metz, déclare qu'il avait servi entre autre pendant deux années et demie dans la maison Trèves et qu'il avait accompagné le précepteur de Trèves au chapitre de Paris. Il déclare également avoir confessé ses « erreurs » d'abord à une légat du pape et avoir répété ces confessions à archevêque de Trèves défunt au moment de sa déposition à Paris.(12)
D'autre part, « Enardus de Valdencia miles treverensis », « Gerardus de Valdencia miles treverensis » et « Evrardus de Valdencia » sont mentionnés dans le tome I du procès des Templiers de Michelet.
S'agit-il toujours du même chevalier ? Si ce n'est pas le cas, on aurait peut-être là nos trois templiers trévirois mentionnés par Raynouard...
Toujours est-il que selon mon humble avis, ce ou ces chevaliers semblent être ou bien membres de la famille des seigneurs de Veldenz ou bien originaires de la localité du même nom.

Après la dissolution de l'Ordre, les biens templiers semblent bien être passés aux chevaliers de l'ordre de Saint Jean, bien que Ledebour(13) s'appuyant sur Lejeune affirme que « dans la province de Trèves ses biens ont servi à la fondation des Chartreux. ».
Cette affirmation est contredite par le fait que les chevaliers de l'ordre de Saint Jean avaient en 1338 un litige avec le chapitre de la cathédrale de Trèves au sujet d'un pré ayant appartenu jadis aux Templiers, ainsi que par Kentenich(14) qui affirme même que les hospitaliers auraient déplacé leur commanderie dans les locaux de la commanderie des Templiers.

Notes :
(1)Pour les arguments plaidant en faveur d'un établissement des templiers lors de l'épiscopat d'Albéro de Montreuil voir : Jörg Müller : Vir religiosus ac strenuus. Albero von Montreuil, Erbischof von Trier (1132-1152) (2006) p. 682 et 683.
(2)Rüdiger Schmit : Die Deutschordenskommenden Trier und Beckingen 142-1794, Chapitre II : Ritterorden im Trierer Raum, Paragraphe 1. Templer, p. 7)
(3)Nicole Bériou et Philippe Josserand : Prier et combattre Chapitre Allemagne (Karl Borchhardt) p. 71 : « Au début de leur présence en Allemagne, les ordres n'admettent qu'à titre exceptionnel les dons d'églises, d'hôpitaux ou de terres, ces biens étant grevés de charges. ».
(4) Joe Labonde : Die Templer in Deutschland p. 233 actes nos 6 et 7.
(5)Michael Schüpferling : DerTempelherren-Orden in Deutschland p. 74 et suivantes
(6)Claude M. Lejeune : Histoire apologétique de l'ordre des chevaliers du temple de Jérusalem dits templiers.
(7)François Raynouard : Monuments historiques relatifs à la condamnation des chevaliers du templiers
(8)Laurent Dailliez : Les templiers en Flandre, Hainaut, Brabant, Liège et Luxembourg p.212
(9)Urkunden und Regesten zur Geschichte der Rheinlande aus dem Vatikanischen Archiv, Vol. 1 1294-1326 p.118et suivantes, 144, 155, 160, 166 et 238
(10) Stengel E.E. : Nova Alamanniae 1-2, p. 28-30 no 73
(11)Jules Michelet : Le Procès des Templiers (Editions du C.T.H.S. 1987) Tome I p. 85, 105, 152,(chevalier(s)de Valdencia) 215 et suivantes (Gérard du Passage)
(12)Il s'agit probablement de Diether von Nassau, archevêche de Trèves de 1300 au 22 novembre 1307
(13)Leopold von Ledebur : Die Tempelherren und ihre Besitzungen im Preussischen Staate. Ein Beitrag zur Geschichte und Statistik des Ordens (1835)
(14)Gottfried Kentenich : Geschichte der Staat Trier (1915)

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