La Commanderie de Villemartin

Contributeurs : Bernard Rousset

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France, Département de la Gironde

France, département de la Gironde, à environ 20 km au sud-est de Libourne.

L’ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem était un ordre de chevalerie, religieux et militaire, responsable de l’accueil et de la sécurité des pèlerins durant les croisades. Plus ancien mais moins célèbre que celui des Templiers auquel il a survécu, il est connu de nos jours sous le nom d’Ordre de Malte.

Villemartin est considéré comme l’un des plus anciens établissements de l’ordre des Hospitaliers dans la région. L’histoire de ses origines et de son développement nous est connue grâce aux travaux de J.-B. Marquette sur un cartulaire, recueil des actes de la communauté, conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne.(1)

Un des actes du 12e siècle relate un don fait à un frère de l’Hôpital par Raimond Martin, prieur de Bellefont, de ce que le prieuré possédait dans la paroisse de Mouliets ainsi que de la chapelle de Villemartin et de ses dépendances, avec la contrepartie d’une offrande de deux sous d’oublie, un pain de communion, chaque année pour la Sainte Marie-Madeleine.
Peu de temps après la donation, les Hospitaliers ont rebâti la chapelle selon le plan des églises templières ou hospitalières de Gironde : une seule nef se terminant à l’est par un chevet plat éclairé de trois baies, un banc de pierre adossé aux murs intérieurs, … etc.
Ils ont aménagé ou construit les bâtiments annexes : résidence du commandeur, logis pour les frères avec les réfectoires, hôpital, prison, granges, celliers et écuries, et probablement la galerie d’un petit cloître. La présence de corbeaux saillants intégrés dans les murs extérieurs indique que des bâtiments étaient accolés et ceinturaient la chapelle. Ces constructions seraient datées de 1190 à 1200 pour la plupart.

La Commanderie de Villemartin, qui prit véritablement son essor dès les premières années de son existence, était chargée de gérer les biens importants appartenant à l’Ordre, le plus souvent obtenus par donation voire même par dot et situés principalement dans les paroisses avoisinantes.
Les Hospitaliers ne tardèrent pas à s’étendre aux alentours, et surtout dans les paroisses de Mouliets et de Pujols, mais ils possèdent également une église à Mauriac, des maisons à Gensac, Castillon ou Frontenac, un moulin sur le Romedol, des vignes et des pâturages à Doulezon, Juillac, Auriole, des bois et même de véritables forêts comme celles de La Roque ou de Civrac.
Les revenus de la Commanderie complétés par les intérêts des prêts importants consentis à des seigneurs impécunieux étaient une source de financement extrêmement importante pour les activités militaires de l’Ordre en Terre Sainte.
Elle assurait aussi l’entretien et la charge d’un petit hôpital au profit des habitants de la région.

La commanderie était administrée durant la période où elle était autonome par un commandeur qui jouait un rôle primordial tant dans le domaine temporel que spirituel. Les chevaliers étaient rares à Villemartin puisqu’affectés principalement outre mer.
Avec un chapelain, des sergents et des frères servants, ils formaient le conseil de la communauté et encadraient une main d’œuvre locale Si les Commandeurs successifs durent faire face à quelques différends les opposant à leurs voisins, comme par exemple les moines du Prieuré de Saint-Florent, il leur fallut aussi se défendre des attaques violentes de quelques personnages puissants du voisinage, comme le Seigneur de Bergerac et de Gensac, ou le Vicomte de Castillon.
Les seigneurs de Pujols et les commandeurs se partagèrent la haute et basse justice avec une prison commune située à Villemartin.

On peut imaginer les pillages et les ravages pour un domaine au cœur des multiples conflits de la guerre de Cent Ans qui se termina, à proximité du domaine, par un passage des fuyards de la Bataille de Castillon, depuis le Pas de Rauzan, en 1453.
Après la guerre, les pertes humaines ayant été nombreuses et les domaines désertés par les partisans du royaume d’Angleterre à cause du rattachement de la Guyenne à la France, les Hospitaliers se joignirent aux seigneurs de la région pour organiser le repeuplement à partir des immigrants venus de Saintonge, du Poitou et des pays de la Loire.
Après la suppression de l’Ordre des Templiers et une réorganisation des dépendances des deux ordres, la maison de Villemartin devint membre de la Commanderie d’Arcins en Médoc, sous le nom de Villemartin en Bazadais.
Pendant les guerres de Religion, le domaine fut dévasté et plus tard, au 17e et au 18e, les comptes rendus de visite des hospitaliers d’Arcins signalent le bon entretien de la chapelle encore couverte de tuiles canal, mais les autres bâtiments sont tous détruits.
Un acte municipal de l’an II de la République certifie « ...qu’il n’existe d’autres imeubles apartenent à la commune que la ci-devant église et un cimetière... »

Villemartin, paroisse du diocèse de Bazas, fut transformée par la Révolution en commune puis fusionnée ensuite avec Mouliets sous le Premier Empire.
La charpente s’est effondrée au début du 19e, et les tombeaux « …brisés en mille pièces par les autorités du lieu pavent la route de Mouliets... »(2)
Un peu plus tard, l’urbanisation s’étant développée autour du hameau de Piquessègue, la municipalité projeta d’y construire une troisième église avec destruction des deux anciennes pour le réemploi des matériaux. Les habitants refusèrent énergiquement et participèrent à la construction d’un nouvel édifice.
A la fin du 19e Leo Drouyn décrivait l’état des lieux de la façon suivante : « Les voûtes et les charpentes sont effondrées, les murs tombent en ruine, des acacias et des ronces encombrent la nef et le sanctuaire, le cimetière et sa croix renversée ne sont pas plus respectés que l’église. Il est à craindre que dans peu d’années il ne reste plus rien de ce que fut la commanderie de Villemartin. »(3)
La chapelle fut protégée une nouvelle fois des projets de la commune par son classement comme Monument Historique en 1920. Pour couvrir les frais de construction du monument aux morts de la commune, le Conseil Municipal avait souhaité en effet vendre l’édifice, sous prétexte que « …les restes de cette petite église n’ont, au dire de personnes compétentes, aucun cachet artistique et sa construction ne remonte pas à une époque assez reculée pour en faire tout au moins un monument précieux par son ancienneté… »(4)

Une première mise en valeur du monument a été effectuée à partir de 1973 par le GRHESAC, Groupe de Recherches Historiques et de Sauvetage Archéologique du Castillonnais. Des sculptures, des pièces de monnaies et un bourdon, le traditionnel bâton du pèlerin de Compostelle, furent découverts à cette occasion.
Les années suivantes des travaux de dégagement et des interventions ponctuelles furent menés par la commune. Soucieuse de la conservation de son patrimoine historique et culturel, et dans le but de permettre la visite du monument au public dans de bonnes conditions, la municipalité actuelle a entrepris sous le contrôle de l’architecte en chef des Monuments Historiques une importante opération de restauration avec le soutien financier du Ministère de la Culture, du Conseil Régional d’Aquitaine et du Conseil Général de la Gironde.
Les travaux permettant d’arrêter la dégradation des maçonneries, de restaurer les façades et d’aménager le sol intérieur ont duré trois ans. A la fin des travaux, en partenariat avec la Fondation du Patrimoine, la Fondation Total a contribué à la mise en valeur de ce qui reste de l’édifice par une illumination du site très réussie.

Le plan de la chapelle est à nef unique divisée en trois travées, avec un chœur de même largeur et un chevet plat orné de trois fenêtres. La troisième travée qui formait le choeur avait des voûtes qui reposaient aux quatre angles sur deux colonnes jumelles dont l’une s’arrêtait à mi hauteur sur une tête humaine.
Sur le coté nord, les deux têtes ont été dérobées ainsi que la pierre du mur qui faisait bloc avec la sculpture. Elles étaient couronnées et auraient pu, selon H. de Marquessac, représenter Aliénor d’Aquitaine et Henri Plantagenêt car la Guyenne était une possession des rois d’Angleterre lors de la construction de la chapelle. En face, les têtes sculptées d’un évêque et d’un diable n’avaient pas été jugées dignes d’intérêt par les auteurs des dégradations.
Il reste l’autel roman bâti en belles pierres. De chaque coté, de petites cavités cintrées sont percées dans la muraille pour les objets du culte. Au nord, il s’agit d’une armoire géminée qui pourrait être un tabernacle et au sud une piscine, cuvette où le célébrant se lavait les doigts.
Les fonts baptismaux ont été retrouvés et installés à leur emplacement d’origine, dans l’angle nord-ouest. La porte principale s’ouvre au sud sous trois arcs cintrés. Le plus remarquable est orné de sept lobes, symboles présents sur les routes du chemin de Saint-Jacques vers l’Espagne. La porte percée au nord était réservée aux Hospitaliers qui résidaient probablement dans les bâtiments accolés à l’église.
L’aménagement du sol a été reconstitué grâce aux relevés effectués par un chantier de jeunes archéologues.

Notes :
(1)J.B. Marquette. La Commanderie des Hospitaliers de Villemartin. Revue Historique de Bordeaux 1966.
(2)H.de Marquessac. Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem en Guyenne 1866
(3)Léo Drouyn. Variétés girondines. 1879
(4) Conseil municipal de Mouliets-et-Villemartin. Janvier 1920

Plus de ressources sur le Web... Sources sur Internet
  1. "L'office du Tourisme de la Communauté des Communes de Castillon-Pujols"
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