Projet Beaucéant Les Rois d'Angleterre : Édouard (Edward) II (o1284 - 1327+)

Source : British Library MS Cotton Nero.D.II. fol. 191v.
Le prince Édouard est fait Prince de Galles par son père Édouard 1er
Source : British Library MS Cotton Nero.D.II. fol. 191v.

Roi d'Angleterre de 1307 à 1327.

Édouard II est né au château de Caernarfon(1) en 1272 (d'où le nom d’Édouard de Caernarfon que l'on peut rencontrer dans certains textes) et mort déchu et abandonné de tous au château de Berkeley(2) en septembre 1327. Il est l'une des figures les plus tragiques et controversées de la dynastie des Plantagenêt. Fils du redoutable Edouard I le "Sec" et d'Éléonore de Castille, il est le premier héritier de la couronne à porter le titre de Prince de Galles, instauré par son père après la conquête de la principauté et l'exécution de Dafydd ap Gruffydd(3).

Dès son accession au trône en 1307, Édouard II rompt avec la politique martiale et administrative de son père, préférant la compagnie de favoris à celle de la haute noblesse.

Son règne est précocement marqué par sa relation avec Piers Gaveston(4), un chevalier gascon dont l'ascension fulgurante et l'arrogance provoquent l'ire des barons anglais. En 1308, Édouard épouse Isabelle de France(5), fille de Philippe IV "le Bel", une alliance prestigieuse destinée à stabiliser les relations avec le royaume de France, mais qui sèmera les graines de sa future chute.

Source : Bannockburn, 1314 - Osprey Publishing
Illustration de la Bataille de Bannockburn
Source : Bannockburn, 1314 - Osprey Publishing

Les tensions internes culminent avec les "Ordonnances de 1311"(6), un document imposé par les barons pour limiter les pouvoirs royaux et exiler Gaveston. L'exécution de ce dernier ordonnée par les comtes de Lancaster(7), de Hereford(8), d'Arundel(9) et de Warwick(10) en 1312 plonge le roi dans une amertume profonde et installe un climat de guerre civile larvée.

Sur le front militaire, Édouard II échoue lamentablement à poursuivre l'œuvre de son père en Écosse. En juin 1314, il subit l'une des défaites les plus humiliantes de l'histoire anglaise à la bataille de Bannockburn(11) face à Robert I le Bruce, perdant ainsi le contrôle effectif du nord de l'île. Cette débâcle fragilise durablement son autorité et expose l'Angleterre à des raids écossais dévastateurs, aggravés par une famine européenne sans précédent entre 1315 et 1317(12).

Politiquement, le roi tente de reprendre la main au début des années 1320 en s'appuyant sur son nouveau favori, Hugues le Despenser "le jeune"(13). Cette emprise des Despenser sur le gouvernement mène à la "Guerre des Despenser"(14), une révolte baronniale qu'Édouard parvient paradoxalement à écraser lors de la bataille de Boroughbridge en 1322, marquant l'exécution de son rival Thomas de Lancaster. Cependant, ce succès est de courte durée. Sa gestion tyrannique et l'influence démesurée des Despenser finissent par leur aliéner la reine Isabelle. Envoyée en France en 1325 pour négocier un traité de paix, elle y rencontre Roger Mortimer(15), un baron exilé avec qui elle entame une liaison et fomente un coup d'État.

Détail du gisant d'Edouard II dans la cathédrale de Gloucester
Détail du gisant d’Édouard II dans la cathédrale de Gloucester
Source : Archives Projet Beaucéant/i>

En 1326, Isabelle et Mortimer débarquent en Angleterre avec une petite armée, trouvant un soutien massif parmi une noblesse exaspérée. Édouard II, abandonné de tous, s'enfuit vers le pays de Galles avant d'être capturé. En janvier 1327, il est contraint par le Parlement d'abdiquer en faveur de son jeune fils, Édouard III, un acte constitutionnel inédit en Angleterre.

Emprisonné au château de Berkeley, il y meurt en septembre 1327 dans des circonstances mystérieuses, la rumeur populaire ayant longtemps suggéré un assassinat brutal pour éviter tout retour au pouvoir. Son règne, coincé entre les conquêtes de son père et les victoires de son fils, reste le symbole d'une monarchie en crise, illustrant la difficulté de concilier les prérogatives royales avec les aspirations d'une aristocratie de plus en plus organisée. Sa dépouille repose aujourd'hui dans la cathédrale de Gloucester, sous un magnifique gisant de style gothique qui contraste avec le tumulte de son existence politique.

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Notes :

(1)L'imposant château de Caernarfon est situé dans le nord-ouest du Pays de Galles,dans la ville du même nom, située sur la rive sud du Afon Menai (détroit de Menai). Le château a été construit sur ordre d'Édouard 1er en 1283, après sa conquête du Pays de Galles et sa victoire décisive sur Dafydd ap Gruffyd, pour remplacer une motte castrale datant du 11ème siècle. Il est le lieu de naissance, l'année suivante du futur roi Édouard II qui sera le premier Prince de Galles anglais. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, le bâtiment figure aujourd'hui parmi les châteaux forts les mieux conservés et les plus célèbres d'Europe.

(2)Le château de Berkeley a d'abord été une motte castrale fondée vers 1067 par un seigneur normand du nom de Guillaume de Crépon (ou Fitz Osbern) après la conquête de l'Angleterre par Guillaume Ier "le Conquérant". Il est situé dans le Gloucestershire, le long de la rive sud de l'embouchure de la Severn. Détruit en 1152 lors de la guerre civile anglaise dite "Période d'Anarchie", il est reconstruit à partir de l'année suivante par Robert Fitz Harding, fondateur de la famille qui en est actuellement toujours propriétaire. Pillé en 1326 par Hugues le Despenser "le Jeune", il est surtout connu pour avoir été le lieu d'incarcération et de mort d'Édouard II en 1327. Une légende tenace dit que le 21 septembre, on peut toujours entendre les échos de l'assassinat d’Édouard II dans les profondeurs du donjon.

(3)Dafydd ap Gruffydd, parfois appelé Dafydd III est sans doute né vers 1235 et mort le 03 octobre 1283. Il est le troisième fils de Gruffydd ap Llywelyn Fawr (ou Gruffudd ap Llywelyn ab Iorwerth) et de Senana ferch Caradog. Très proche de son frère Owain Goch ap Gruffudd, celui-ci le nomme chef militaire de sa maison. En 1255, les deux frères défient le troisième, Llywelyn ap Gruffydd, mais sont battus lors de la bataille de Brin Derwin et emprisonnés. Llywelyn libère Dafydd l'année suivante et lui donne des terres dans le Perfeddwlad, une zone conquise sur l'Angleterre le long de la rivière Dee. Dafydd passera ses années suivantes entre trahisons et réconciliations avec son frère Llywelyn. Son dernier revirement se produit en 1282, lorsqu'il est à la tête d'une rébellion de seigneurs gallois avec son frère Llywelyn et son fils Owain ap Dafydd. Lors de la bataille de Orewin Bridge, Llywelyn est tué. Dafydd s'empare alors de la couronne de Gwynedd, mais ne sera jamais officiellement reconnu. La lutte contre Edouard Ier ne s'arrête pas et il doit fuir pour se réfugier toujours plus loin devant l'avancée des troupes anglaises. Le 22 juin 1283, Dafydd est trahi par des hommes de son camp et livré à Edouard Ier. Après avoir été emprisonné plus de 3 mois, il est condamné à mort le 30 septembre et exécuté à Shrewsbury le 03 octobre.

(4)Piers Gaveston ou Pierre Gaveston ou de Gabaston est un chevalier originaire de Gascogne. Il est sans doute né vers 1283 - 1284 et mort exécuté en juin 1312. Élevé à la cour anglaise, il est rapidement remarqué par le roi Édouard Ier qui le met dans la suite de son fils, le futur Édouard II. Lorsque ce dernier accède au trône en 1307, Piers Gaveston reste à ses côté et devient son favori et sans doute son compagnon intime. Il est également fait Comte de Cornouailles la même année et nanti de privilèges exceptionnels. Cependant, son arrogance et la dévotion exclusive que lui voue Édouard II lui attirent la haine féroce des puissants barons du royaume. Exilé à plusieurs reprises, il revient chaque fois auprès du roi. En 1311, il revient en Angleterre après son troisième exil. En 1312, il est capturé par le comte de Warwick alors qu'il est réfugié dans le prieuré de Deddington dans l'Oxfordshire. Rapidement jugé et condamné pour violation des "Ordonnances de 1311", il est laissé à la merci de deux Gallois qui le percent de leur épée et le décapitent, lui faisant ainsi l'honneur de mourir en chevalier.

(5)Isabelle de France est née vers 1294 - 1295 et morte en 1358. Elle est la fille du roi de France Philippe IV "le Bel" et de la reine Jeanne de Navarre. Alors qu'elle n'a que douze ans, elle est mariée en 1308 au nouveau roi d'Angleterre Édouard II. Après son mariage, elle use de diplomatie et de finesse pour rester influente auprès du roi malgré la présence de Piers Gaveston, qu'elle supporte à peine. Soulagée par la mort de celui-ci en 1312, elle ne supporte par l'arrivée, en 1318, d'un nouveau favori en la personne de Hugues le Despenser "le Jeune". Son aversion envers ce dernier provoquera quasiment l'explosion du couple royal en 1325. Isabelle part alors en France sous le prétexte d'une mission diplomatique et y rencontre Roger Mortimer, baron de Wigmore, qui devient sans doute son amant. Ils organisent un complot et reviennent en Angleterre au début de l'année 1326 avec une petite armée et parviennent à déposer le roi Édouard II au profit d'Édouard III, la régence du Royaume revenant à Isabelle. En 1330, Édouard III se rebelle contre sa mère, fait arrêter et exécuter Roger Mortimer. Isabelle n'est pas trop inquiétée par son fils et se retire, après une courte période d'emprisonnement, dans ses domaines de Castle Rising dans le Norfolk où elle s'éteint en 1358.

(6)Les "Ordonnances de 1311" sont une série de 41 mesures imposées au roi d'Angleterre Édouard II par une faction de grands du Royaume, on nombre desquels on compte huit comtes, 6 barons et 7 éveques. Le chef de cette faction est le puissant Thomas de Lancaster, comte de Lancaster, de Leicester, de Derby, de Lincoln et de Salisbury. Face à la mauvaise gestion financière du royaume et au ressentiment provoqué par l'influence du favori royal Piers Gaveston, la noblesse contraint le monarque à céder une grande partie de son pouvoir personnel et à restreindre ses prérogatives. Parmi celles-ci, il est explicitement mentionné que le roi ne peut plus déclarer la guerre, quitter le royaume, ni nommer ses principaux ministres sans l'accord du Parlement. Elles exigent également le renvoi et l'exil définitif de Piers Gaveston. Considérées comme une étape clé de l'histoire constitutionnelle britannique, ces ordonnances visaient à subordonner la volonté du roi à la loi et au consentement des barons, annonçant la montée en puissance du Parlement.

(7)Thomas de Lancaster est né vers 1278 et mort exécuté en 1322. Il est le fils d'Edmond de Lancaster et de Blanche d'Artois. Par son père, il est le petit-fils du roi Henry III de Winchester, le neveu d'Édouard Ier et le cousin d'Édouard II. Il hérite du titre de 2ème comte de Lancaster à la mort de son père en 1296. A partir de 1311, il devient le noble le plus riche et le plus puissant d'Angleterre grâce à la possession de cinq comtés : Lancaster, Leicester, Derby, Lincoln et Salisbury. Il devient alors le chef de l'opposition de la noblesse face à la gestion calamiteuse du royaume par Édouard II et de ses déboires dans ses campagnes contre l’Écosse. Il joue un rôle prépondérant dans l'établissement des "Ordonnances de 1311" et de leur imposition au Roi, ainsi que dans l’exécution de son favori, Piers Gaveston. Après avoir brievement pris le contrôle du royaume après la défaite d'Édouard II à Bannockburn en 1314, son caractère intransigeant l'isole peu à peu des autres nobles. En 1322, Il se révolte contre le Roi et son nouveau favori, Hughes le Despenser, mais est vaincu lors de la bataille de Boroughbridge. Il est alors capturé et exécuté pour haute trahison.

(8)Humphrey VII de Bohun est né vers 1276 et mort en 1322. Il est de fils de Humphrey VI de Bohun et de Maud de Fiennes. Il hérite du titre de 4ème comte de Hereford à la mort de son père au début de l'année 1299. Puissant baron anglo-normand, il hérite également du titre de Lord Grand-Connétable du Royaume, l'une des plus hautes fonctions à la Cour. En remerciement pour son dévouement et de son indéfectible loyauté, le roi Édouard Ier lui accorde la main de sa fille Élisabeth d'Angleterre, veuve du comte de Hollande Jean 1er, en 1302. Guerrier audacieux, il participe à toutes les campagnes d’Écosse. Il est impliqué au plus haut point dans la rédaction et l'imposition des "Ordonnances de 1311" au roi Édouard II,ainsi que dans l’exécution de son favori, Piers Gaveston. En 1314, il est capturé lors de la bataille de Bannockburn et libéré après un payement de rançon et la libération de prisonniers écossais de marque, tels la reine Élisabeth de Bourg et l'évêque de Glasgow Robert Wishart. Indigné par l'influence grandissante de Hugues le Despenser, il s'allie à Thomas de Lancaster lors de la révolte des Barons. IL est tué au combat lors de la bataille de Boroughbridge le 16 mars 1322.

(9)Edmond FitzAlan est né en 1285 et mort en 1326. Il est le fils de du comte Richard FitzAlan et de Alice de Saluces. Il hérite du comté d'Arundel à la mort de son père en 1302, alors qu'il est toujours mineur. Le Comté est alors confié au comte de Surrey, John de Warenne, en attendant qu'Edmond soit déclaré majeur. Après son mariage avec Alice de Warenne, petite fille de John de Warenne, en 1306, il est déclaré majeur et entre en possession de l'ensemble des terres et titres hérités de son père. Il participe également aux campagnes d’Écosse d'Édouard Ier et d'Édouard II. IL fait partie des grands seigneurs anglais qui participent à la rédaction et à l'imposition des "Ordonnances de 1311" au roi ainsi qu'à l'exécution de son favori, Piers Gaveston. Après cette exécution, il parvient à se faire pardonner par Édouard II et devient l'un de ses plus fidèles soutiens dans sa lutte contre les barons rebelles. En récompense de sa loyauté, il est nommé Justicier du Pays de Galles. En 1326, lorsque la reine ISabelle et son amant Roger Mortimer débarquent en Angleterre avec leur armée, il reste fidèle au roi. Il est capturé et exécuté à Hereford sur ordre de Mortimer.

(10)Guy de Beauchamp est né vers 1272 et mort le 12 août 1315. Il est le fils aîné de Guillaume de Beauchamp, 9ème comte de Warwick, et de Maud FitzJohn, fille du Lord Juge d'Irlande. Il hérite du titre de Comte de Warwick à la mort de son père en 1298. Il se distingue lors de la bataille de Falkirk la même année et est un fidèle soutien au roi Édouard Ier. Cependant, lors de l'accession au trône d'Édouard II, il entre rapidement en conflit avec lui et son favori, Piers Gaveston. Il est l'un des principaux artisans de la rédaction et de l'imposition au roi des "Ordonnances de 1311". C'est lui qui capture Piers Gaveston lorsqu'il revient d'exil en 1312 et le fait exécuter avec l'assentiment des autres barons rebelles. Il meurt de sans doute de maladie en août 1315 - certains affirment qu'Édouard II l'a fait empoisonner pour se venger de lui - et est inhumé dans l'abbaye de Bordesley dans le Worcestershire.

(11)A partir de 1310, Robert Ier le Bruce et son frère Édouard le Bruce profitent de la faiblesse de l'armée anglaise d'Édouard II pour s'emparer peu à peu des forteresses que les anglais occupent sur le territoire écossais. En avril 1314, Édouard le Bruce met le siège devant le château de Stirling mais ne parvient pas à faire capituler la place forte commandée par Philippe Mowbray. Celui-ci passe néanmoins un accord avec ses assiégeants stipulant que s'il n'est pas secouru avant la fin du mois de juillet, il cédera la place. Ce répit permet à Édouard II de lever une armée et venir affronter les Écossais. Pour contrer l'armée anglaise, Robert Ier le Bruce ne peut mobiliser qu'une petite armée qu'il installe à environ 5 km au sud de Stirling, dans une zone assez marécageuse qui lui permet de profiter habilement du terrain en obligeant les anglais à s'engager dans un goulot pour éviter rivières et marécages. Le premier affrontement entre les deux armées a lieu le 23 juin. Cette journée se termine par un léger avantage pour les écossais qui ont réussi à empêcher les charges de la cavalerie lourde anglaise. Le lendemain, tôt le matin, Robert Ier fait avancer ses schiltrons comme un mur hérissé de piques vers l'infanterie anglaise qui n'a d'autre choix que de prendre la fuite en traversant la rivière Bannock ou en traversant les marécages. La cavalerie anglaise tente une dernière charge mais est repoussée par les piquiers écossais. Estimant que le moment est venu, Robert Ier engage sa cavalerie et sa réserve de fantassins légers pour porter le coup de grâce aux anglais qui, coincés entre deux rivières et les marécages ne peuvent plus manœuvrer. La cavalerie lourde est décimée et ceux qui peuvent s'échapper sèment la panique dans le camp anglais lors de leur retraite. Le roi Édouard II, voyant la débâche de ses troupes, fuit à son tour avec les restes de sa cavalerie. Les écossais poursuivent et massacrent les fuyards, à l'exceptions des nobles. Les Anglais seront libérés contre rançons, tandis que les Écossais restés loyaux à Édouard II sont emmenés pour être exécutés en public pour haute trahison. Cette victoire permet à l’Écosse de redevenir indépendante et conforte Robert Ier le Bruce comme roi.

(12)Il s'agit d'une famine qui a touché l'ensemble du continent européen. A partir de 1309, les périodes de grande sécheresse et de pluies abondantes et d'inondations se succèdent, provoquant une importante crise dans la production agricole sur quasiment l'ensemble du continent. Le pic survient à partir de 1314, lorsque des pluies diluviennes se répandent d'Italie à l'Angleterre provoquant quasiment l'arrêt de toute production agricole dans ces régions. Ces pluies ont été quasiment ininterrompues jusqu'à l'automne 1316. La famine qui s'est alors déclenchée a sans doute provoqué la mort d'environ 10% de la population européenne de l'époque, nombre que les historient estiment entre 7 et 10 millions de morts.

(13)Hugues le Despenser "le Jeune" est né vers 1288 et mort le 24 novembre 1326. Il est le fils aîné de Hugues le Despenser "l'Aîné" et d'Isabelle de Beauchamp, fille de Guillaume de Beauchamp et sœur aînée de son pire ennemi à la Cour Royale, Guy de Beauchamp, Comte de Warwick. En 1306, il se marie avec Éléonore de Clare, petite fille du roi Edouard I le "Sec". En 1318, il devient le Lord Chambellan du roi Édouard II et son nouveau favori. Il profite de son influence auprès du Roi, qui le soutient pleinement contre le droit et contre la loi dans tous ses litiges avec ses voisins, pour s'emparer illégalement de territoires dans les marches galloises afin d'étendre ses domaines. Cette usurpation de pouvoir provoque immédiatement la colère des puissants barons du Royaume qui s'unissent et pillent les domaines de Despenser. Au Parlement, les accusations fusent contre le Roi et son favori. Grâce à l'intervention d'Aymar de Valence, Comte de Pembroke, le roi dans une volonté d'apaisement ordonne le bannissement de Hugues de Despenser et de son père en août 1321 et les barons rebelles sont pardonnés dans la foulée. Mais le roi reste secrètement en contact avec son favori et après avoir vaincu les barons rebelles, il fait annuler son bannissement par le Parlement, ce qui permet à Hugues et à son père de rentrer en Angleterre. Le pouvoir des Despenser arrive alors à son apogée. Ils s'emparent des domaines confisqués aux barons vaincus et prennent la main sur tous les postes clés de l'administration royale en y plaçant leurs affidés. Après une mission diplomatique en France en 1325 où la Reine Isabelle devait négocier un traité de paix avec le Roi Charles IV, elle fait parvenir à Édouard II un message par l'intermédiaire de de deux légats du pape qui lui intime de faire exiler définitivement les Despenser. Avec le refus du Roi, Isabelle et Roger Mortimer lèvent une armée et débarquent en Angleterre en septembre 1326. Ce débarquement provoque une réaction en chaîne dans tout le royaume où toutes les villes commencent à se rebeller contre l'autorité du Roi et des Despenser. Le Roi fuit Londres avec Hugues Despenser pour rejoindre Cardiff. Apprenant l'exécution de Hugues le Despenser "l'Aîné" lorsque les troupes de la Reine se sont emparées de Bristol, Édouard II et son favori quittent Cardiff, mais sont capturés par Henry de Lancaster. Hugues le Despenser est amené à Hereford le 24 novembre où il est jugé et condamné pour autre trahison. Il sera supplicié selon le " hanged, drawn and quartered" (pendu, éviscéré et écartelé) et ensuite décapité.

(14)Ce que l'Histoire appelle "La guerre des Despenser" est une série de batailles qui se sont déroulées entre mai 1321 et mars 1322 au cours d'une révolte baronniale contre Édouard II menée par les Comtes de Lancaster, d’Hereford et de Wigmore. Cette rébellion est causée par les faveurs démesurées dont bénéficie Hugues le Despenser le Jeune, le favori du roi.
La première bataille se déroule dans les Marches Galloises et plus précisément dans le Glamorgan. Les Barons s'emparent et pillent les domaines des Despenser au début du mois de mai 1321. Apprenant ces faits, Thomas de Lancaster décide de se joindre à eux et après une rencontre dans un village du Yorkshire, ils décident de marcher sur Londres où se trouvent le roi et son favori. Ils arrivent début août 1321, mais l'entrée dans la ville leur est refusée. Les Barons envoient alors un ultimatum au Roi lui intimant d'exiler Hugues le Despenser et son père sous peine de voir les domaines royaux hors de Londres pillés. Refusant d'abord de négocier, le Roi accepte les conditions des barons après une intervention de la reine Isabelle et du Comte de Pembroke. Le 14 août, devant la menace toujours présente, le roi fait bannir Hugues le Despenser et son père.
Outragé, le roi prépare sa vengeance. Il parvient à rallier à lui des barons modérés, dont le comte de Pembroke et de Norfolk, qui sont hostiles à Thomas de Lancaster. Profitant d'un outrage fait à la Reine lorsqu'elle se présente à Leeds pour un pèlerinage, Édouard II se met son armée en ordre de marche pour aller assiéger la ville, alors gardée par le connétable de Bartholomew de Badlesmere, un des barons rebelles, où il arrive à la fin d'octobre 1321. L'absence de renforts oblige le connétable à capituler et les forces royales investissent la ville le 31 octobre. Le connétable est arrêté et exécuté, tandis que la femme et les enfants de Bartholomew de Badlesmere sont envoyés à la Tour de Londres.
Fin novembre, le roi se dirige vers les Marches Galloises pour soumettre les barons à l'origine de la guerre. Il parvient à retourner plusieurs seigneurs gallois qui se retournent contre leurs alliés et attaquent les domaines de Roger Mortimer de Wigmore et du comte de Hereford. Défaits à la fin du mois de janvier 1322, Roger Mortimer et son oncle se rendent au Roi et sont immédiatement transférés et emprisonnés à la Tour de Londres.
Après avoir maté les barons des Marches Galloises, le Roi se tourne vers son principal ennemi, Thomas de Lancaster. Les deux armées se rencontrent une première fois près du pont fortifié de Burton sur la Trent début mars. A cause du mauvais temps et des inondations, Édouard II ne peut traverser la rivière pour prendre Thomas de Lancaster à revers et la bataille se limite à quelques escarmouches pour essayer de briser les fortifications du pont. En infériorité numérique et sans renforts, le 10 mars Thomas de Lancaster est obligé de se replier vers le nord en direction de York. Le 16 mars, il est intercepté à Boroughbridge, près de York par une troupe commandée par Andrew Harclay, Comte de Carlisle. Après un bref combat au cours duquel le comte de Hereford est tué, Thomas de Lancaster est capturé et envoyé au château de Pontefract également tombé aux mains des armées royales. Il y es jugé, condamné et exécuté le 22 mars 1322. Sa mort met fin à la rébellion des barons.

(15)Roger Mortimer de Wigmore est né en 1287 et mort en 1330. Il est le fils d'Edmond Mortimer, 2ème baron Mortimer de Wigmore et de Marguerite de Fiennes. Il hérite du titre de Baron Mortimer de Wigmore en 1304 à la mort de son père. En 1301 , alors qu'il n'a que 14 ans, il est marié à une riche héritière, à peine plus âgée que lui, Jeanne de Geneville. Toujours mineur à la mort de son père, ses domaines sont mis sous la tutelle de Piers Gaveston, le favori du futur roi Édouard II, mais il entre pleinement en possession de son héritage deux ans plus tard, à l'âge de 19 ans. En 1307 , il reçoit, du grand-père de sa femme, le contrôle des domaines de la famille Geneville en Irlande. A la mort de ce dernier en 1314 , il hérite du château irlandais de Trim, ainsi que de l'importante seigneurie de Meath. La même année, il participe à la désastreuse expédition d'Édouard II en Écosse et est capturé lors de la bataille de Bannockburn. Libéré sans rançon par Robert Ier le Bruce, il est chargé de ramener en Angleterre le sceau royal ainsi que les dépouilles de plusieurs hauts barons anglais qui avaient été abandonnées sur le champ de bataille. Dans les première années du règne d'Édouard II, Roger Mortimer lui est d'un grand soutien sans entrer en conflit avec Piers Gaveston, le favori du roi. Après l'exécution de ce dernier, il reste modéré par rapport à la situation entre Édouard II et les grands barons du Royaume. Mais lorsque les Despenser arrivent, il prend le parti des barons rebelles lors des guerres de 1321 / 1322 . Il est capturé et enfermé à la Tour de Londres lorsque Édouard II mène son expédition punitive dans les Marches Galloises en janvier 1322. Dans des conditions rocambolesques, il parvient avec l'aide de complicités - certains n'hésitent pas à impliquer la reine Isabelle - à s'évader de la Tour de Londres au début du mois d'août 1323 pour rejoindre la France où le roi Charles IV "le Bel" l'accueille chaleureusement et refuse de l'extrader malgré les demandes insistantes d'Édouard II. En 1325, il rencontre la reine Isabelle à Paris qui est venue négocier un traité de paix avec son frère Charles IV à propos de la situation en Gascogne. Ils y deviennent probablement amants, bien que rien ne le prouve réellement. Ils fomentent tous les deux un coup d'état pour renverser Édouard II et son favori, Hugues le Despenser. Ils recrutent une armées de quelques milliers de mercenaires et débarquent en Angleterre le 22 septembre 1326. A partir de ce moment, tout s'accélère pour Roger Mortimer. Le 16 novembre, le roi et son favori sont arrêtés et le 24, Hugues le Despenser est exécuté, tandis que le roi est emprisonné. Le 25 janvier 1327, Édouard II est forcé d'abdiquer en faveur de son fils, Édouard III qui n'a que 14 ans. En tant que chef militaire de l'insurrection contre les Despenser et Édouard II, et vu la minorité du jeune roi Édouard III, il devient régent du royaume, bien qu'il ne dispose d'aucune réelle légitimité. L'exercice du pouvoir semble le rendre de plus en plus avide et autoritaire pour ne pas dire despote. Il signe le 1er août 1328 le traité d'Édimbourg-Northampton qui officialise l'indépendance de l’Écosse suite à la débâcle de Bannockburn. Sa politique désastreuse, et sa volonté de s'enrichir personnellement, provoqueront la colère de plus de plus de hauts barons du royaume. En 1330, le jeune roi Édouard III est de plus en plus décidé à exercer le pouvoir. Avec l'aide de barons fidèles il organise un coup d'état contre Roger Mortimer et sa mère, la reine Isabelle. Le 19 octobre, Roger Mortimer est arrêté au château de Nottingham avec la reine. Le 26 novembre, il est officiellement condamné pour trahison et pendu comme un simple condamné de droit commun au gibet de Tyburn le 29 novembre.

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Roi précédent : Edouard I le "Sec" - Roi suivant : Edouard III

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BibliographieProjet Beaucéant

  1. Who's Who in British History, Early Medieval England 1066-1272
    Christopher Tyerman ; StackPole Books, 2001
  2. Kings and Queens of England - From the Saxon Kings to the House of Windsor
    Nigel Cawthorne ; Arcturus Publishing Limited, 2009
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