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Italie, Région de la Ligurie, à environ 90 km au sud-ouest de Gênes, ville d'Albenga.
On ne connaît pas avec exactitude la date de l'installation des Templiers à Albenga, mais un document daté d'avril 1143 mentionne qu'un certain Oddone de Legen(1) et sa fille Lombarda vendent à Oberto, Frère du Temple, un terrain situé à Albenga, près de l'église de San Calocero de Campora. Ce terrain jouxtait un domaine qui appartenait déjà au Temple et un autre domaine appartenant aux Hospitaliers. En octobre de la même année, le même Oddone de Legen et sa fille Lombarda vendent un nouveau domaine, situé à "côté" du premier, au même Oberto.
Dans les années suivantes, les Templiers continuent l'expansion de leur domaine en continuant d'acheter et/ou de recevoir des terres qui lui sont plus ou moins contiguës. Ainsi en 1144, c'est toujours ce même Oberto qui reçoit les nombreux dons, tandis qu'en 1145, ce sont deux nouveaux Frères du temple, (deux "vrais" frères ?) Ugo et Guglielmo Normanno qui les reçoivent.
En 1167, un document mentionne un des rares exemples d'affiliation à l'Ordre d'un couple de gens du siècle, à savoir un certain Robaldo Marabotto et son épouse Giusta qui se consacrent à l'église de San Calocero du Temple, pour l'honneur de Dieu et le service au Temple de Jérusalem en tant que "donats". En se donnant à l'Ordre comme personnes, ils font aussi don d'un domaine situé dans un lieu appelé Becelega, ainsi que de tous leurs biens à Valirano, deux hameaux situés à proximité d'Albenga et d'un terrain adjacent à sa muraille. À la suite de cette donation, Frère Bonifacio, Maître du Temple en Italie ordonne que l'église de San Calocero, ainsi que tous ses biens mobiliers et immobiliers, présents et futurs, situés dans la région d'Albenga, soient à la disposition de Robaldo Marabotto qui devra s'acquitter d'une rente annuelle.
Cette donation en tant que "personnes" semble significative à plusieurs égards car il s'agit du seul document d'affiliation qui ait été trouvé dans le nord-ouest de l'Italie. Tout d'abord, Robaldo et Giusta sont les seuls affiliés mariés recensés dans cette région et de plus ils sont acceptés par le Maître d'Italie en personne. Il est impossible de vérifier quelles sont les raisons de cette acceptation par un dignitaire d'un tel rang. Est-ce qu'elle est due ou pas à l'importance de la donation en terres qui lui est associée ? C'est une question qui n'aura sans doute jamais de réponse.
Il est néanmoins intéressant de noter que la gestion de l'ensemble du domaine de la maison de San Calocero est confiée à ce Robaldo, en échange de quoi il versait une rente annuelle. On ignore pourquoi l'Ordre souhaitait que la maison soit administrée par un "donat" à moins que cette décision d'en faire un domaine affermé ait été prise dès son arrivée.
En 1181, des documents mentionnent les noms de deux autres administrateurs de San Calocero, un certain Guglielmo di Vignano et un certain Guido, qui agissent au nom de l'Ordre pour acquérir un domaine à une nommée Donata, fille de feu Graselveto. Il est intéressant de noter qu'un des témoins de cet acte est Oddone Marabotto, probablement un parent de Robaldo. Au cours des mois suivants, ce Guglielmo di Vignano continuera à faire des transactions au nom du Temple et ce Oddone Marabotto sera très souvent mentionné comme témoin dans les actes.
Malgré le fait que la maison de San Calocero d'Albenga semble se développer et prospérer, en janvier 1191, le Maître d'Italie, Frère Gaimardi cède l'ensemble du domaine à l'évêque d'Albenga contre une rente annuelle. Les raisons qui le poussent à céder ce domaine sont discutées entre les historiens, mais le consensus qui semble se dégager est qu'à cette époque, l'Ordre est très affaibli après la défaite des armées chrétiennes à Hattin en 1187 et la prise de Jérusalem qui s'en est suivie. De plus, le siège de Saint-Jean d'Acre, débuté en été 1189 est aussi extrêmement coûteux pour l'ensemble du monde chrétien.
Il semblerait que l'évêque d'Albenga ne respecte pas complètement les termes du contrat et en 1224, un litige éclate entre l'Ordre et l'évêque. Le litige provoque un tel remous dans les milieux écclésiastiques que le pape Honorius III doit nommer un comité composé de l'évêque de Tortone(2), l'évêque de Savone(3) et l'abbé de Santo Stefano de Gênes(4) comme arbitre de ce conflit. Finalement l'arbitrage se fera en faveur de l'Ordre et l'évêque se verra obligé de verser les arriérés des rentes impayées ainsi qu'une somme supplémentaire en termes de dédommagement pour l'Ordre.
Après un dernier document daté de 1267, qui concerne la même thématique du non paiement de la rente de la part de l'évêché au profit de l'Ordre et qui finira par un accord à l'amiable, on ne sait rien de ce qu'il adviendra de cette maison de San Calocero une fois passée aux mains des Hospitaliers de Saint-Jean ni des raisons pour lesquelles elle a complètement disparu.
(1)On connait peu de chose sur la vie d'Oddone de Legen (ou encore Odon de Légen). Il est principalement mentionné dans les textes au moment où on le retrouve comme précepteur de Lombardie, dans les années 1180 - 1190. Il est possible que la donation qu'il fait de son domaine d'Albenga soit liée à son entrée dans l'Ordre.
(2)Il s'agit probablement de Pietro Quarti, évêque de Tortone de 1221 à 1240. Il est issu d'une famille noble de la région. Il est élu sur le trône épiscopal quelques mois après la mort de son prédécesseur, Pietro Bussequi en 1220. Son épiscopat est marqué par la lutte entre l'empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen et la papauté. Pietro Quarti doit aussi lutter contre la montée en puissance de la Commune de Tortone qui veut abolir une bonne partie des prérogatives de l'évêque. Il favorise également l'implntation des Ordres Mendiants, Dominicains et Franciscains dans son domaine. Il meurt inopinément en 1240.
(3)Il s'agit probablement d'Alberto Calvi da Cilavegna, aussi appelé Albeto de Novara. Il est né vers 1170 - 1180 à Cilavegna, une ville située au sud-ouest de Milan. Expert en droit canon, il entre rapidement dans le cercle des proches du pape Honorius III. Il est nommé évêque de Savone vers 1221 jusqu'à sa "démission" en 1227 pour se retirer comme chanoine à Novare où il meurt en 1230.
(4)Il s'agit probablement de Guglielmo, qui était abbé de Santo Stefano de Genoa entre 1221 et 1229. Il est probablement issu d'une famille de la petite noblesse ligure. Sous son mandat, l'abbaye atteint l'apogée de sa puissance foncière.
